07/09/2009
1983 - LES MYSTERES DE BALTHUS

Les critiques s’arrachent les cheveux : pas une interview, pas un renseignement biographique, tout juste une date de naissance, 1908 et le fait qu’enfant il ait connu Rilke qui l’a encouragé à devenir peintre, pour celui qui depuis le 5 novembre occupe l’étage des « grandes expositions » du centre Georges Pompidou.
Le mystère Balthus est complet !
Et les feux de l’actualité artistique se braquent sur une œuvre qui n’est pas moins secrète que son auteur.
Peut-on, en effet, imaginer plus marginal, plus opiniâtrement à contre-courant que cet « artiste peintre figuratif », comme il aime se présenter, qui offre au regard du public un univers trouble et équivoque, fait d’objets familiers et de jeunes filles impubères aux poses ambiguës, de ruelles du Paris d’aujourd’hui, de cerisiers doucereux…
Absolument rien, à priori, pour crée l’évènement. Au contraire, un regard rapide pourrait ranger Balthus dans la catégorie des peintres de bouquets de fleurs. Mais Balthus, de son vrai nom Balthazar Klossowski de Rola, est le dernier des peintres aristocrates.
Méprisant les succès faciles et les voies trop fréquentées, il préfère approfondir un savoir pictural hérité des fresquistes de la Renaissance tandis que la banalité apparente de ses compositions, les gestes faussement quotidiens de ses personnages, masquent un univers tragique accablé de silence et de détresse solitaire. Antonin Artaud ne s’y est pas trompé, qui a reconnu en Balthus un parent de son « théâtre de la cruauté », ni Pierre-Jean Jouve qui écrit de cette peinture qu’elle « évoque Barbe-Bleue ».
Figurant un bonheur inaccessible, la quête nostalgique du paradis perdu de l’enfance, des images du souvenir noyées dans la lumière éteinte du passé, les toiles de Balthus donnent un aperçu de l’intemporel. Leurs jeunes filles devant leurs miroirs, en train de lire ou de somnoler sur un divan, semblent sorties d’un monde qui fait violemment contraste avec celui dans lequel nous vivons.
Mais l’éloignement aristocratique du peintre, sa prédilection pour la netteté des couleurs et la précision du dessin, son choix d’un langage pictural simple, quasiment banal, tous ces éléments transforment le décalage en révélation pour le public qui se rend en foule à son exposition.
Balthus, un des seuls peintres français à être exposé au musée d’Art Moderne de New York, un des seuls à avoir eu à Beaubourg une rétrospective de son vivant, un des peintres les plus rares et les plus chers du monde, prisé par un club de collectionneurs qui se disputent ses toiles, semble enfin prophète en son pays. « Contre tant de peintres subissant la tentation du néant, refusant l’accomplissement de leur œuvre au nom d’un dépassement » illusoire, Balthus est le peintre de la lenteur, des maturations secrètes et profondes, il est « celui qui croit à l’incarnation », écrit Jean Clair, commissaire de l’exposition.
00:00 Publié dans Les Temps d'Arts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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