08/03/2010
Jane Callister
Séduite par les artistes d’aujourd’hui, figures contemporaines, nouveaux talents, je vous propose un tableau, une sculpture, une installation coup de cœur chaque lundi…
Une occasion de rencontrer l’œuvre et son auteur…

Red Spring, 2005
Acrylique sur papier, 400 x 240 cm
Née dans l’île de Man (Royaume-Uni) en 1963, vit et travaille en californie
Chez Jane Callister, il n’y a pas de différence entre nature et ornement. Dentelles de stalactites et assortiment de couleur de crèmes glacées allient la divertissante érudition du vulgarisateur scientifique (dont les rêveries cosmogoniques alimentent les best-sellers) à l’habillage érotique des magasins populaires (dont les émoustillants étalages laissent bouche bée les visiteurs de supermarchés aux Etats-Unis)..
Ses œuvres proposent aussi des formes élaborées d’artifice comme s’il s’agissait de phénomènes naturels. Toutes ces toiles portent la peinture au-delà des indigestes oppositions qui animaient autrefois son propos : abstraction contre représentation, figure contre fond, couleur contre dessin, contenu contre forme et privé contre public.
Simultanément intimes et intergalactiques, terre à terre et hors du monde, les images sexy de Jane Callister, dans lesquelles la peinture offre ce qu’elle a de mieux – elle dégouline, elle se mélange, elle coule et elle couvre -, entrainent l’observateur dans un monde sans échelle où plaisir et savoir se frottent l’un à l’autre, rendant extrêmement difficile, si ce n’est inutile, de distinguer entre le choix et la nécessité.
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01/03/2010
Glenn Brown
Séduite par les artistes d’aujourd’hui, figures contemporaines, nouveaux talents, je vous propose un tableau, une sculpture, une installation coup de cœur chaque lundi…
Une occasion de rencontrer l’œuvre et son auteur…

Ride with the Devil, Sympathy for the Poor, 2003
Huile sur panneau, 71 X 56 cm
Né dans la Northumberland (Royaume-Uni) en 1966, vit et travaille à Londres
Dès ses premières expositions, au début des années 1990, le peintre britannique Glenn Brown suscite la controverse. Sa pratique, considérée par certains comme de la provocation gratuite, consiste essentiellement à s’emparer d’œuvres d’artistes aussi différents que Rembrandt, Fragonard, Auerbach ou De Kooning, qu’il réinterprète, les réduisant à l’état d’ombres de ce qu’elles étaient.
Brown tend à éclipser le mythe moderniste de l’originalité et du génie présumé de l’artiste solitaire. Travaillant à partir de reproduction photographiques (il admet n’avoir pas toujours vu les originaux), Brown transforme les surfaces pleines de matière de l’abstraction européenne de l’après guerre en surfaces lisses ; d’où le geste pictural a disparu. Certaines œuvres sont violemment déformées. Les portraits deviennent des taches méconnaissables, comme dans le Marquis de Breadalbane (200).
Ailleurs, ses altérations sont plus subtiles : couleurs plus soutenues, ajout de détails, etc..
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22/02/2010
Cecily Brown
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Spree, 1998-1999
Huile sur toile de lin, 191 X 191 cm
Née par Londres (Royaume-Uni) en 1969, vit et travaille à New York
Les peintures visqueuses, tourbillonnantes de Cecily Brown, remplies de chairs en train de se dissoudre, ressemblent aux lendemains hagards d’une passion morte ; les éclairs vifs de ces fragments de corps humides et glissants, entrelacés, engorgés et extatiques se recomposent dans l’esprit en un mélange mouvant de souvenirs et d’images inventées. Fragments de figures, facture exubérante, parfois violente, couches épaisses de rose, de crème et de rouge, points de vue multiples, image de pénétration, d’orgasme et autres évocations de la tension et du relâchement sexuels deviennent les traces visibles de sensations physiques.
Les peintures de cecily Brown se situent à la limite entre abstraction et figuration, entre ambition picturale manifeste et abandon pornographique, mais ses images – vibrantes, bouillonnantes et explosive – découlent à l’évidence de l’énergie individuelle et chaotique du corps.
Il est difficile de décrire son travail sans employer des adjectifs ou des verbes d’action, sans recourir à la rhétorique de l’expressionisme abstrait glorifiant l’artiste qui exploite sans vergogne ses pulsions libidinales pour fouiner dans les obscurs recoins du moi et atteindre l’horizon du sublime.
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15/02/2010
Peter Bonde
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Two Heads Are Better Than One, 2004
Huile sur toile, 240 X 200 cm
Né à Copenhague (Danemark) en 1958, vit et travaille à Copenhague
Dans son travail, l’artiste danois Peter Bonde commence toujours par les réalités matérielles de la peinture. Rejetant la surabondance visuelle des différents médias, il préfère puiser dans les images de sa propre vie – mais pas à la façon d’un journal ni d’un récit à proprement parler -, une manière d’organiser les éléments formels de son œuvre sociale.
Comme s’il voulait rendre les courses automobiles, la littérature, la musique ou les voyages accessibles à un large public.
L’artiste utilise la peinture parce qu’elle est le médium artistique le plus reconnaissable, tout en y intégrant des procédés d’installations qui font écho aux nouveaux supports de création.
L’œuvre de Peter Bonde interroge avant tout la façon dont le « spectacle » marque l’individu dans la culture contemporaine. Ses peintures passent d’un territoire à l’autre, de la culture dominante à la culture populaire et aux sous-territoires à l’autre, de la culture dominante à la culture populaire et aux sous-cultures. Il s’intéresse à la façon dont les peuples se définissent, dont une identité se construit et s’exprime publiquement.
De style minimaliste en apparence, les œuvres de Bonde relèvent en fait plus de l’action et du théâtre, n’existant souvent que pendant un court laps de temps. Ses peintures ne contiennent aucun élément de permanence. Au premier regard, les objets semblent être des évènements enveloppés ou emballés conceptuellement. Mais la rhétorique de Bonde recèle une virtuosité sus-jacente, une capacité à produire des effets inattendus avec une pointe d’humour noir qui éclaire discrètement l’ensemble.
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08/02/2010
Simone Berti
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Sans Titre, 2002
alkyde sur toile, 258 X 295 cm
Né à Adria (Italie) en 1966, vit et travaille à Milan et Berlin
Pour comprendre les enjeux et les idées des peintures de Simone Berti, il peut être utile de les déchiffrer à la lumière de ses autres centres d’intérêts – la photographie, la vidéo, la sculpture, les installations, etc.
En dépit d’une exécution précise et d’une apparente simplicité, ses tableaux déroutent l’observateur par une certaine discontinuité, un inachèvement et même un certain sens de l’absurde. Mais cela ne signifie pas que ses autres travaux comblent ce vide ou suppléent en quelque sorte aux peintures. C’est même tout le contraire ; la diversité des modes d’expression, des approches, des formes et des idées des œuvres et du projet de Berti ne font qu’accroître en réalité l’impression d’insuffisance, l’absence de repères et la part de l’absurde de ses tableaux. Pourtant, elle nous permet de repérer une sorte de fil conducteur et d’avoir une idée des stratégies qui sont à l’œuvre.
L’artiste place objets et figures, peints de manière illusionniste, sur des grandes toiles blanches. Les figures peintes sont donc isolées, éloignées de tout contexte signifiant et engagées dans le jeu de contradictions entre la matérialité du support et un traitement très illusionniste.
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01/02/2010
Carole Benzaken
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Sorry, couldn’t draw left eye ! 2003
Acrylique sur papier, 137 X 100 cm
Née à Grenoble, France, en 1964 – vit et travaille à Los Angeles et Paris
L’artiste française Carole Benzaken intègre habilement abstraction et figuration dans une démarche qui prend aussi en compte le lien de la peinture avec la vidéo et la photographie.
Elle combine élégance formelle et innovation. Elle prend souvent pour thèmes des évènements ou des manifestations collectives, un match de football par exemple. Elle juxtapose des fragments de marque publicitaires avec la foule des spectateurs, traitée de façon impressionniste.
Depuis peu Carole Benzaken s’inspire des scènes urbaines de Los Angeles, où elle vit depuis 1997.
L’alternance, dans un même tableau, d’effets de distorsion ou de brouillages et de passage au rendu plus précis pourrait symboliser nos différentes façons de percevoir les événements « réels », nous attardant sur certains détails et passant sur d’autres, peut-être périphériques, et exprimer à quel point ces moments sont déterminés par la manière dont ils sont présentés.
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25/01/2010
Ghada Amer
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Red Drips-Coutures rouges, 1999
Acrylique, broderie et gel sur toile, 173 X 183 cm
Née au Caire en 1963, vit et travaille à New York.
Ghada Amer exprime son plaisir concret de la création (toucher, recouvrir, coudre), la connaissance de soi dans le plaisir qu’on se donne, la joie de trouver un moi existant en dehors du monde qui l’entoure. Son travail s’inscrit dans l’histoire du féminisme en Occident. Il aborde les questions de la parité et critique le regard masculin. Mais, tout en prenant en compte les épaisses strates du monde patriarcal, Ghada Amer s’intéresse au versant intime de l’amour.
Pour illustrer le plaisir féminin, l’artiste puise des fragments d’images de femmes (très éloignées des corps violemment éclatés des surréalistes) dans la presse pornographique, ne gardant que l’indication indispensable – des doigts qui se perdent dans des vallées ou caressant des montagnes de chair, des mains près d’une bouche. Elle trace ensuite ces figures sur des fonds monochromes ou rayés et les répète comme un motif. Puis elle les brode au point de couture (le point le plus simple, qu’elle qualifie d’inexpressif). Une fois les figures achevées, elle laisse courir le fil à sa guise, brouillant ses formes au hasard par de longues lignes de couleur, qui flottent telles des arabesques aléatoires et évoquent des mèches de cheveux.
Ghada Amer aborde les interdits religieux ou sociaux de l’Orient et de l’Occident avec une telle finesse que la moindre allusion didactique est camouflée par l’élégance sensuelle de l’œuvre.
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18/01/2010
Francis Alÿs
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Une occasion de rencontrer l’œuvre et son auteur…

Sans Titre, 1995
Diptyque, Huile sur toile, 21 X 18 cm et 137 X 100 cm
La peinture occupe une place étrangement paradoxale dans le travail de Francis Alÿs. Mieux connu sans doute pour ses vidéos, ses installations et ses Passeos (promenades-performances) qui dressent mentalement une carte poétique et onirique de son environnement urbain, Francis Alÿs a établi une relation à la peinture à la fois conceptuelle e ontologique.
Né en 1959, à Anvers, en, Belgique, l’artiste a étudié l’architecture avant d’émigrer à Mexico à la fin des années 1980 où il vit et travaille.
Délaissant l’architecture, il commence à s’intéresser à la peinture d’enseignes, aux réclames partout présentes dans les rues de Mexico. Rapidement Francis Alÿs intègre la peinture à une démarche plus largement conceptuelle et esthétique. Et c’est justement là que son travail résiste à toute définition.
Au début des années 1990, l’artiste commence un cycle d’œuvres : il peint un petit tableau dans le style des panneaux publicitaires de son quartier et le confie ensuite à un peintre d’enseignes pour qu’il le reproduise à un grand format. Quand il en a obtenu plusieurs versions, il compose un second original à partir des différentes interprétations stylistiques des peintres d’enseignes professionnels. Cette deuxième copie sert alors de nouveau modèle pour une autre génération de copies et ainsi de suite.
Francis Alÿs est-il un peintre ? Peut-être pas sous l’angle de la pratique conventionnelle de la peinture. Toutefois, à l’instar de beaucoup d’artistes d’aujourd’hui qui travaillent la photographie sans se considérer comme des photographes, Alÿs serait un artiste sans être à proprement parler un peintre.
La peinture lui permet de traiter différemment ses Passeos qui, ce faisant, deviennent les fils conducteurs de ses incursions éphémères dans la poésie du quotidien.
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11/01/2010
Kai Althoff
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Une occasion de rencontrer l’œuvre et son auteur…

Sans Titre - 2000
Laque, papier, aquarelle et vernis sur toile, 50 X 50 cm
Né à Cologne en 1966, vit et travaille à Cologne.
Kai Althoff utilise toutes sortes de médiums, dont la sculpture, la photographie, les installations, le dessin, l’aquarelle et la gouache. En les mêlant dans un télescopage audacieux, ses œuvres fouillent un territoire défini à la fois par les spectres de l’histoire récente de l’Allemagne et par la veine populaire qui irrigue en profondeur le style underground de la mode de la rue et de la musique expérimentale.
Si, comme Karl Marx le suggérait en 1852, « l’héritage de toutes les générations éteintes pèse comme un cauchemar dans la cervelle du vivant », Althoff pratique alors une sorte d’exorcisme pictural de la sous-culture. Cependant, chacune de ses œuvres marche sur une corde raide, entre mémoire proustienne et interprétation des rêves rigoureusement alogique, tout en se référant à Egon Schiele et Emil Nolde, Martin Kippenberger et Sigmar Polke.
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04/01/2010
Laylah Ali
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Sans titre , 2001
Gouache sur papier, 69 X 45 cm
Née à Buffalo (USA) en 1968, vit et travaille dans le Massachusetts.
Laylah Ali met à nu nos illusions collectives sur l’humanité de la civilisation, les mensonges qui se cachent derrière « la démocratie et la liberté pour tous » et l’hypothétique distribution des richesses sur le globe. Elle a restreint son vocabulaire plastique pour en éliminer les particularismes et se concentre sur les « tropes » de l’autorité – militaire, religieuse, civile et patriarcale – pour exprimer les multiples manières que les hommes on de s’entretuer. Les figures noires ou brunes qui hantent ses tableaux ont fait penser qu’elle faisait parfois allusion à l’Afrique subsaharienne.
Il est étrange de constater l’absence de description d’horreurs extrêmes, alors que les transgressions mineures sont perpétrées dans la violence insidieuse, implacable et sournoise de la vie quotidienne.
Tout en affirmant que la violence est mauvaise, elle soutient que l’art doit légitimement se mêler de politique. Elle appartient à une longue lignée d’artistes – de l’Afrique du Sud au Liban, de la Chine au Royaume-Uni – qui utilisent les expressions les plus diverses de l’art pour dénoncer les injustices de leur époque.
Le comble de ces moments pétrifiés de brutalité passée ou à venir réside dans la façon dont l’artiste utilise la gouache.
La peinture à l’eau y joue à l’encontre de sa réputation populaire de mièvrerie ; elle est le support d’une horreur telle, dans ces œuvres mates et délicates, que l’eau semble s’être évaporée pour de bon plutôt que d’être partie prenante de ces scènes terribles.
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