18/01/2008
Petit bilan
...sur mon programme de « l’année de nos lectures ».
Après les fiches de lecture qui vont suivre, il me reste deux livres de ma liste, à lire ! (« l’Eloge de la folie » d’Erasme et « Louis et la jeune fille » de Cécile Ladjali) – objectif presque atteint et largement dépassé si j’ajoute les bouquins que je pioche de-ci, de-là.
Au diable cette comptabilité mesquine, seul compte le plaisir que chacun, chacune rencontre avec les mots et l’intimité des histoires.
Les deux ouvrages dont je vais parler, je les ai ADORéééé et vous les conseille vraiment, vraiment.
Mon petit résumé et mes commentaires vous tenteront peut-être…
Petit aparté, au moment où j’écris ma chronique, j’ai sous les yeux LE livre dont Christine P. m’a tant parlé (et qu’elle a tant offert autour d’elle) – « Le Jour des Corneilles » de Jean-François Beauchemin, un QUEBECOIS ! - il paraît que le vocabulaire est truculent. Je me réjouis à l’idée de me plonger dans cet ouvrage. Peut-être me sentirais-je un peu plus proche de la "nomenclature" de mes deux amis Canadiens : Mouvimax et Jippy , qui, quant à lui, cumule la francophonie puisque il est Belge !
Je déposerai une nouvelle liste de M à Z… très prochainement
----------------------
« Le Fusil de chasse » – Yasushi Inoué
« Il me semble qu’un homme est bien fou de vouloir qu’un autre le comprenne. » (Le fusil de chasse)
Le narrateur, un journaliste et chasseur amateur, aperçoit un jour un homme dans les montagnes, un chasseur solitaire accompagné de son chien qui lui inspire un poème qu'il fait publier dans un magazine dédié à l'art de la chasse.
Ce texte semble passer inaperçu mais quelques mois plus tard le narrateur reçoit un courrier mystérieux : un homme s'étant reconnu dans la poésie décide de confier au narrateur trois lettres de trois femmes différentes et dont il est le destinataire et le principal intéressé. Il s’agit, respectivement de Midori, son épouse délaissée qui lui annonce sa décision de le quitter, de Saïko, sa maîtresse, détruite par le péché qui la conduit au suicide et enfin de Shoko, fille de Saïko, habitée par la peine, qui a eu connaissance de la liaison entre sa mère et l'homme en lisant le journal personnel de sa mère. L’homme a été infidèle à son épouse avec le cousine et amie de celle-ci.
Le narrateur aura une triple lecture de la même vie où la passion amoureuse s’associe inévitablement à la douleur la plus profonde.
Le jeu subtil des points de vue nous confronte à la trouble essence d'une vérité finalement insaisissable, tant chaque regard, pourtant juste dans sa vision et sa pensée, s'oppose nettement aux autres.
C’est une habitude, chez Yasushi Inoué de donner à ses protagonistes féminins des rôles de premier plan. Il exprime son admiration pour leur courage et leur ténacité pour avoir su défier les valeurs patriarcales de leurs temps.
L'écriture est poétique, sobre, dépouillée, pudique et poignante. Les 87 pages ne se lisent pas, elles se méditent : un chef-d'œuvre !
----------------------
« C’est égal » d’Agota Kristof
Entre fables et cauchemars, ces brefs récits baignent dans une atmosphère étrange, teintés d'un inquiétant humour noir, entre réalisme et absurde.
Il y a de la peur, de l'angoisse, du pessimisme, de la nostalgie mais de la satire et de l'ironie, aussi. En somme, une large palette allant de la lucidité à l'imagination
Cruel, violent, dramatique, assez dense, avec de l'ironie, comme cette nouvelle qui raconte la mort d'un homme tombé sur une hache, un accident malheureux tente d'expliquer sa femme. Un crime, oui, mais tellement explicable quand on fouille un peu la vie des gens et découvre qui ils sont réellement.
Il y a des nouvelles terribles de solitude et d'étouffement moral, des maris affreux, des absences insupportables... Malgré l'humour qui peut s'en dégager, ça reste souvent triste et mélancolique, empli de désespoir et de noirceur. Avec un fil conducteur, celui de la mémoire, celle qui retient tout, tisse la trame d'une histoire sombre ou d'une vie manquée.
Lire Agota Kristof dérange. Mais quand on aime, on aime tout. C’est simple j’ai dévoré tous ses ouvrages : Le grand cahier, La preuve , Le troisième mensonge , Hier
Avec une économie énorme de vocabulaire, elle vous entraîne dans un labyrinthe identitaire inquiétant et obsessionnel. Le lecteur est perdu, il ne sait plus qui est qui, qui dit quoi, qui vit quoi. Voilà du grand art narratif, rare, précieux. Fulgurant et miraculeux.
« L’écriture ne m’aide pas. C’est presque suicidaire. Ecrire, c’est la chose la plus difficile au monde. Et pourtant, c’est la seule chose qui m’intéresse. Et pourtant, elle me rend malade. Je suis convaincue que ma femme de ménage est plus heureuse que moi. Elle chante en travaillant. Sans écrire, je me sentirais complètement inutile. » Voilà ce que l'auteur, en parlant de son travail... c'est dire son rapport contradictoire à l'écriture !
00:30 Publié dans Au quotidien , L'année de nos lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15/11/2007
Lectures
Les deux ouvrages suivants : La soif de Guelassimov La Cène et de Hubert Haddad n’ont rien en commun (sauf leur part (d’in)humanité) si ce n’est leur présence sur ma liste des livres à lire cette année ainsi que le fait que… je les ai bien lu, surtout aimé.
-------------------------
La soif, écrit par Andreï Guelassimov, auteur russe de quarante deux ans a été publié après la guerre de Tchétchénie. Il dépeint une société qui a soif. Soif de spiritualité et d'utopie, dans une époque privée d'horizon.
Constantin, un jeune russe, a le visage entièrement brûlé. Mobilisé en Tchétchénie, une grenade atteint son blindé tandis qu'il patrouille dans les ruines de Groznyi. De retour chez lui, Kostia boit, dort, boit, ne sait plus s'il dort et reboit.
Mais la soif c'est tout autre chose.
Quand deux camarades de combat viennent sonner à sa porte, notre narrateur, imbibé, n'éprouve plus guère le goût de la vie. Il se relève pourtant et tous trois partent sur les routes de Russie à la recherche d'un autre vétéran qui ne tourne pas rond, un certain Serioja.
Trois récits s'entremêlent et se répondent en fait dans ce livre d'Andreï Guelassimov. Celui de la guerre, d'abord, qui ressurgit, comme incontrôlable, de la mémoire du narrateur. Et surtout, l'instant irréversible de l'attaque du blindé qui laisse Kostia sans visage ou plutôt avec le masque hideux de la guerre, collé pour toujours. Il y a ensuite le récit au présent de la recherche de Serioja : les trois soldats tentent alors de reprendre pied dans le monde l'extérieur mais souvent l'abrutissement alcoolique est plus fort: « On tend le bras et on se verse à boire. Ou on fait juste un signe de tête. Même quand on ne vous demande rien. On est à l'intérieur de soi comme dans un vaisseau spatial.[...] On est assis et on regarde le vide. Avec étonnement. Parce que de l'autre coté des hublots, il n'y a qu'une obscurité terne. »
Le troisième récit, une vague de souvenirs d'enfance du narrateur, est le plus important. Il éclaire toute l'histoire, parsème d'ironie et de tendresse le champ de bataille du présent. Constantin puise dans son enfance encore toute chaude les fragments d'une identité bafouée jusque sur sa figure. Entre un père négligent, puis absent et une mère jalouse, le jeune Kostia a eu vite fait de mesurer la frivolité cruelle des adultes. Alors, pour s'approprier ce monde sur lequel il n'a pas prise, il se met au dessin et dans les marges de ses cahiers d'écolier, griffonne des femmes nues.
C'est ce talent d'enfance qui permet peu à peu à Kostia de surmonter le retour du front. Il tente ailleurs de conjurer le temps: « Comment dessiner l'attente ? La ligne droite se brise, fait des zigzags et forme un réseau de pluie. Puis elle fait émerger des arbres, une route, des nuages bas et nous trois enfin. Nous planons au-dessus de la route comme trois ombres noires. » Et si ces hommes déchirés, sans espoir et même sans visage ne sont pas des fantômes, c'est que ce souvenir de leur enfance condense une humanité fragile.
Il existe par l'enfance une ivresse sans avoir bu, une ivresse de la soif.
----------------------
La Cène est une superbe et insoutenable parabole sur les valeurs de l'homme occidental.
A l'origine de ce roman, la tragédie survenue en 1972 dans la Cordillère des Andes : un avion s'écrase à 4.000 m d'altitude et les survivants sont contraints de manger la chair des morts pour survivre. Hubert Haddad introduit dans cette histoire un personnage fictif : Marquez, journaliste, qui refuse l'anthropophagie. Le récit devient alors, une parabole sur les valeurs de l'homme occidental. Il radicalise la situation, la transpose au niveau du symbole. Et, du coup, son personnage central, un ivrogne, un peccamineux, un faible et qui refusera jusqu'au bout de manger les cadavres deviendra témoin de l'humain.
--------------------------------
00:30 Publié dans Au quotidien , L'année de nos lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17/08/2007
Fiches de lecture
Je profite de la mi-août pour faire un petit point sur mon projet : « l’année de nos lectures. »
Mes vacances ont été mises à profit pour achever le pavé (1050 pages) « les Piliers de la Terre » écrit par Ken Follet.
Petit résumé :
Au XIIème siècle, Tom le bâtisseur se fait congédier par le seigneur qui lui avait demandé de construire sa maison. Il se retrouve alors sur les routes avec sa femme enceinte et ses 2 enfants à la recherche de travail. Mais les temps sont durs et il y a peu de chantiers pour que Tom trouve du travail. La famine menace sa famille. Sa femme enceinte souffre beaucoup de leur situation. Le seigneur, William Hamleigh, qui a congédié Tom est en fait le fils du baron, après avoir fait sa demande en mariage, il prévoyait de construire sa maison. Mais la fille du comte, Aliena, refuse sa demande en mariage trouvant William frustre, arrogant et égoïste. C'est le début des malheurs pour Aliena. La suite de l'histoire nous montrera combien William est détestable…
Bref, il s’agit d’une grande épopée…
Mon petit commentaire :
L’ouvrage est très bien documenté (son sujet étant la construction d’une cathédrale, laquelle prend quelques dizaines d’années - ici 47 ans, de 1123 à 1170 -) et relate avec justesse l’opposition entre l’État et l’Église. Il nous fait redécouvrir cette quête de Dieu ainsi que celle, indestructible, du pouvoir.
Par contre, j’ai trouvé le récit trop long, rempli de redondances.
Les personnages sont assez caricaturaux, et les actions rythmées par de grands dangers provoqués par d’imbéciles méchants.
Il y a du Guignol là-dedans, pour un peu, on crierait en le lisant « Attention » quand le gendarme ou le voleur arrive.
Dommage : ces soubresauts m’ont lassé, quoique je me suis aisément laissée prendre par la qualité des petites nouvelles qui s’enchaînent ainsi.
---------------------
Quant aux ouvrages suivants : « L’âge blessé » de Nina Bouraoui et « l’Homme de Gingembre » de J.P. Donleavy, je n’ai jamais pu achever leur lecture… (et pourtant j’abandonne rarement un livre en cours de route) mais pour ces deux livres là, c’était au-dessus de mes forces !
00:30 Publié dans Au quotidien , L'année de nos lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08/06/2007
Ma vie
Souvenirs, rêves et pensées…
Il ne s’agit pas de la mienne mais de celle de C.G. Jung, psychiatre célèbre, contemporain de Freud, qui a consacré sa vie à sa clientèle d’analyste et à ses recherches psychologiques, mythologiques et linguistiques.
Quand Pierre B. a glissé cet ouvrage dans mon sac, l’été 2005, je n’y avais prêté aucune attention.
A l’époque, figée dans une torpeur existentielle, tourmentée, agitée, malheureuse, je recherchais des recettes promptes et diligentes pour sortir de mon désarroi.
Lire une biographie d’un psychanalyste était au-dessus de mes forces.
Et puis voilà. Le temps a passé, j’ai fini par tisser autour de mon cœur un réseau de personnes, d’évènements ligneux et tenaces.
J’ai péniblement appris que les êtres étaient encore là, même quand ils n’avaient plus rien à me dire et combien il m’était nécessaire de bâtir, consolider, endurcir une sécurité intérieure.
J’ai refermé le livre il y a dix jours et j’ai repensé à Pierre et j’ai compris pourquoi il avait tant insisté.
« On ne sait jamais comment les choses sont faites.
L’histoire d’une vie commence quelque part, en un point quelconque, dont on a tout juste gardé le souvenir et même, à l’origine déjà, tout était compliqué au plus haut degré.
Ce qu’elle deviendra cette vie, on l’ignore. C’est pourquoi l’histoire est sans commencement et le but n’est qu’approximativement indiqué. »
Demain, je renverrai l’ouvrage.
Cette note l’accompagnera :
Très cher Pierre,
J’ai enfin compris que certaines choses auraient pu être différentes si j’avais moi-même été différente. Les choses furent ce qu’elles devaient être. Elles sont devenues ainsi, du fait que je suis comment je suis.
----------------
« Ma vie » souvenirs, rêves et pensées - C.G. Jung – Ed. Gallimard – Coll. Folio
00:35 Publié dans Au quotidien , L'année de nos lectures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11/01/2007
Rien…
Il ne s’est rien passé !
Du fond de mon lit, j’attends le reflux de mon état végétatif et ne prends absolument pas mon mal en patience.
Je ne suis pas de celles qui profitent d’une attaque virale pour justifier de quelques jours de vacances, ou qui lancinent des jérémiades ou encore qui font semblant d’être à trépas pour solliciter la compassion de la collectivité.
Moi, j’enrage !
Cette fichue grippe bouleverse mon programme de travail et je déteste être contrariée !
Par chance, n’ayant aucune énergie physique, les branchements de mes neurones ont été épargnés.
Couchée sur le dos, j’ai commencé un nouveau roman, d’un auteur que je n’avais jamais lu et alors m’est venue cette idée :
Pour les douze mois à venir, je vous propose d’établir une liste alphabétique [ A à L ] d’auteurs jamais lus, connus ou inconnus, de choisir un titre d’ouvrage et de tenter de les lire durant l’année
– les plus motivés nous ferons une bonne vieille fiche de lecture avec leur avis enthousiaste, désabusé ou dégouté ! -
Laissez moi votre liste à l’adresse mail suivante :
Elle intégrera la rubrique : L’année de nos lectures
Voici ma liste :
Ames, Johnathan – « Réveillez-vous, Monsieur »
Bouraoui, Nina – « l’âge blessé »
Cendrars, Blaise – « l’homme foudroyé »
Donleavy, J.P. – « l’homme de gingembre »
Erasme, - « l’Eloge de la folie »
Follett, Ken – « les Piliers de la terre
Guelassimov, Andreï – « la Soif »
Haddad Hubert – « la Cène »
Inoué, Yasushi – « Le Fusil de chasse »
Jung, C.G. – « Ma vie, souvenirs, rêves et pensées »
Kristof, Agota – « C’est égal »
Ladjali, Cécile – « Louis et la Jeune Fille »
00:30 Publié dans Au quotidien , L'année de nos lectures | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note






