10/03/2010
Le choix de Ilona : ne rien dépenser !
Si vous êtes conviés chez Ilona Richards vous êtes priés de garder votre manteau !
Non, non, sa chaudière n’est pas en panne et vous n’êtes pas malvenus, mais depuis que son installation de chauffage s’est déglinguée, il y a quelques années, la température dans son modeste trois pièces dépasse rarement les 10°C en hiver.
Cette femme britannique de 60 ans se passe de chauffage, fait sa toilette dans l’évier et ne dépense pas plus de 1 euro par repas et c’est un choix !
Lors de la récente vague de froid, Ilona a dû superposer trois pantalons de jogging et porter un bonnet de laine.
« Des amis m’ont proposé de m’envoyer quelqu’un pour réparer la chaudière, dit-elle, mais, pour être honnête, je préfère vivre sans. Car je serais trop tenté de m’en servir. Aujourd’hui les gens appuient sur des boutons sans même penser aux conséquences. Lorsqu’il faut vraiment trop froid, je fais chauffer la gazinière très doucement pendant dix minutes, mais je n’aime pas beaucoup ça. La clé d’un mode de vie frugal, c’est de connaître la différence entre ce dont on a besoin et ce dont on a envie. »
Dans son logement de Burton-upon-Stather (dans le Yorkshire et Humber, Nord-Est de l’Angleterre), elle vit dans sa moquette bariolée, achetée d’occasion et, affreusement assortie à ses rideaux fleuris.
Elle s’enfiche tout autant que de porter des sous-vêtements d'homme bien moins chers et plus costauds que ces choses minuscules fabriquées pour les femmes.
« Les gens s’imaginent qu’ils ne pourraient jamais vivre sans prendre un bain ou une douche, explique-t-elle. Moi je me lave les cheveux dans l’évier et je me déshabille complètement pour faire ma toilette quand il le faut. C’est ce que les gens faisaient avant et ils n’en mouraient pas ».
Ilona a grandi dans une famille modeste où très tôt elle a pris conscience de la valeur de l’argent.
Durant trente ans elle a conduit des poids lourds pour une chaîne de magasins de bricolage, elle gagnait bien sa vie et puis une intervention chirurgicale l’a conduite à revoir ses priorités.
« J’étais déjà dans ce que j’appelle la décroissance depuis dix ans. Et après avoir été en arrêt maladie pendant douze semaines, j’ai décidé de profiter de la vie. J’en avais assez de travailler autant. Il ne m’a pas été difficile de réduire mon train de vie parce que je n’ai jamais été très dépensière. Ma mère a eu une vie difficile. Mon père préférait dépenser sa paie au pub et il ne lui laissait pas grand-chose pour nourrir et habiller ses trois enfants. Elle m’a appris à ne pas gaspiller ».
Et visiblement cet apprentissage, elle l’applique à la lettre.
Le trimestre dernier, sa facture de gaz n’a pas dépassé 15 livres (17 euros) et, depuis le début de l’hiver, elle s’est nourrie presque exclusivement des légumes de son potager.
Cette belle description d’une vie minimaliste perd de son lustre quand Ilona, végétarienne convaincue, révèle ses secrets d’un bon engrais naturel. « Je fais pipi dans un seau que je vide sur le compost » raconte-t-elle, en ajoutant qu’aux toilettes elle ne tire la chasse qu’une fois par jour.
Pour Ilona, chaque minute de la vie quotidienne est un combat contre ce système qui fait de nous des matérialistes endurcis.
Elle ne fait ses courses qu’après 17 heures dans l’espoir de bénéficier de rabais de fin de journée. Elle se fixe un budget de 1 livre (1 euro 30 environ). Souvent elle dépense moins et achète ce qui est important pour elle. Elle a gardé sa voiture (elle ne dépasse jamais les 90 km heure pour économiser l’essence) et elle concède à une connexion Internet haut débit. « C’est toute la différence entre frugalité et avarice », dit-elle.
En mai, elle fêtera son anniversaire et elle reste ouverte à toute proposition de travail mais avoue que si rien ne se présente, elle vivra sans problème avec sa pension qui lui suffira amplement.
« Les gens ont de la peine pour moi, avoue-t-elle, ils pensent que je suis une vieille femme triste. Les gens disent aussi qu’il faut travailler pour gagner de l’argent, mais, si vous ne dépensez pas, vous n’avez pas besoin de travailler. Mon boulot désormais, c’est de vivre de manière frugale, et c’est un bon boulot. »
Ilona rejoint le point de vue d’André Gide « Je me plaisais à d’excessives frugalités » écrivait-il dans son ouvrage - Les Nourritures terrestres -
Mon avis :
N’hésitez plus à vous mettre dans l'abondance
des choses nécessaires à une vie simple : soyez frugaux !
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08/03/2010
Zoom arrière
Mercredi dernier a eu lieu la projection de notre travail à la Cinémathèque de Toulouse dans le cadre de festival Zoom-Arrière, manifestation dédiée à la découverte ou redécouverte de films anciens.
Il s’agissait de réécrire un nouveau scénario sur les images d’un film à épisodes d’André Liabel « Alta Rocca ». L’histoire nous avait été présentée sans les intertitres originaux. Le pari était pris d’en inventer une nouvelle hors du propos initial et d’éviter de tomber dans la « redite » du récit conçu par André Liabel.
Un exercice d’équilibriste si nous voulions rester crédible et compréhensible par le public.
Et, et, et … sans fausse modestie, notre univers et notre scénario ont détonné !
Nos réplicants, robots humanoïdes, consommateurs d’une potion chimique leur permettant d’éprouver les sentiments humains, mais seulement quelques heures par jour, ont été dupé par une poignée de résistants humains bien décidés à reprendre le pourvoir sur terre.
Bref, ils ont finalement, à la fin, tous péris d’overdoses sentimentales –
Sans blague, le visionnage de l’épisode initial nous a sacrément confortés sur la subtilité de notre imagination !
Merci aux copains, copines d’être venus à la Cinémathèque nous applaudir.
Il est fort possible que le film Alta Rocca n’étant plus sous protection juridique d’ayants droit, notre version puisse être publique. Après des vérifications, je disposerai d’un lien qui permettra à ceux qui le souhaiteront de le visionner sur internet. A suivre…
Je tenais aussi à remercier Alice Gallois, chargée de l'action culturelle et pédagogique de la Cinémathèque de Toulouse et Christophe Gauthier, conservateur de la Cinémathèque de Toulouse de nous avoir si chaleureusement accueilli, tant pour la partie projet d’écriture mais aussi lors d’une exceptionnelle visite du Centre de conservation et de recherche de Balma où sont conservés, restaurés les trésors que le cinéma nous a légués.
Bien sûr après… la soirée s’est terminée de façon génialement festive.

Par ordre d’apparition Pascal, Serge, Sophie, Astrid, Sylvaine, Hélène, Miguel, Anne-Marie …
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Etrange mais poignant film, The Rebirth, écrit et réalisé par Masahiro Kobayashi mérite qu’on s’y attarde.
Le point de départ est le meurtre quelque part à Tokyo d’une adolescente, tuée par sa camarade de classe. Comment la mère de la meurtrière et la père de la victime vont-ils pouvoir surmonter un tel drame ?
J’ai vu ce film, une fin d’après-midi, excitée à l’idée de sa thématique – qui reprend celle de ma nouvelle pièce de théâtre, un récit où deux personnages vont toucher le fond avant peut-être de retrouver des ressorts pour mieux renaître, et je dois dire que j’ai été très déroutée.
Minimaliste dans sa forme, ce film débute par deux longues interviews en plan fixe de celui qui est en deuil de son enfant et de celle qui est en deuil de l’innocence perdue. Ils expriment tous les deux leur incompréhension, leur anéantissement.
Les deux personnages décident de quitter Tokyo pour tenter d’apaiser chagrin, colère et honte. Mais le destin est pervers et sans le savoir les deux personnages s’installent à Hokkaido, île froide et désolée. Leurs activités professionnelles qui constituent l’essentiel de leur vie quotidienne murée dans l’isolement, la répétition, l’austérité va les faire se croiser.
M. Kobayashi filme avec une rigueur terrible la montée progressive d’un dénouement dont on ne sait s’il sera extrêmement violent ou salutaire.
Durant une heure trente, il n’y a aucun échange, aucune musique, juste des bruits d’objets déplacés, de portes qui se referment.
Du cinéma exigeant, mais, mais un peu abscons. Allez-y si vous intéressés par la problématique de l’enfermement, la travail sur la psychologie des personnages est une assez belle réussite.
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05/03/2010
C’était Lulu
Un soir, vers 10 heures, je vois un gars s’escrimer sur la porte cochère. Il a dans les bras des ribambelles de fringues. C’est Lulu. Il emménage en dessous de chez moi. Bienvenue Lulu. Je lui tiens la porte. Je lui demande s’il a besoin d’aide. Non ça va, ça ira, merci. Pendant une bonne heure, je l’entends s’activer. Vers minuit il perce les murs. Je descends, Lulu pose des étagères.
- Lulu, je comprends bien que vous vous installez, mais pour les étagères, attendez demain. Il est minuit là !
- Ah ben oui, désolé.
Le lendemain soir, les étagères sont posées.
Lulu peut étrenner l’appartement. Il baise. Dans l’extase, je l’entends beugler :
- Vvvvvoilààààà
Lulu remet ça deux fois la nuit même, dont une très passionnée, dans la baignoire. Et toujours le tonitruant « Vvvvvoilààààà ».
Dans les jours qui suivent, Lulu se révèle un baiseur phénoménal. Le Dieu Lulu. Matin, midi, soir, nuit, pas d’heure pour Lulu. Des femmes différentes. Souvent dans la baignoire, avec des bruits comme en font les otaries.
Je croise parfois Lulu en bas de l’immeuble. On se dit tu. Il fait mine de s’inquiéter.
- Eh, dis donc, j’ai pas fait trop de bruit, la nuit dernière ?
- Si Lulu, pas mal
- Ho ho, et à deux heures du matin ! Désolé hein ? C’est une nouvelle, alors tu comprends, elle veut montrer qu’elle est contente.
Je hausse les épaules.
- Tiens, je te note mon numéro de téléphone. Alors tu prends ça et quand je déconne, tu m’appelles et tu dis « Lulu tu déconnes » et je me calme , OK ? C’est plus possible, ce truc, ça peut plus durer. Faut que tu dormes ! Tu téléphone et je ferme ma gueule ! d’accord ? Tu le fais, tu me fais pas chier !
Je m’éloigne en lui donnant du « Sacré Lulu ». Il va s’installer au bistrot du coin de la rue.
Quand Lulu ne baise pas, il fait de l’électronique.
Il me montre son matériel, sur les fameuses étagères.
Des boîtes, des pinces, des fils, des circuits intégrés.
Un foutoir à la Gaston Lagaffe.
Lulu n’a pas de boulot dans sa partie pour l’instant, mais deux ou trois brevets en tête qui devraient dépoter, le jour venu.
Un soir Lulu se fait engueuler. Une voix de femme en pétard mouline reproches, injures, plaintes, menaces. Ca dure. Lulu en prend pour son grade. Il moufte pas. Je l’imagine dans les cordes, boxé, anéanti. Ca dure vraiment, mais moins haut, moins vite. Elle fatigue. L’enguelade se découd. Et soudain, d’une voix qui remplit l’immeuble, Lulu mugit :
- Wo ! Tu veux un valium ?
Les femmes ne se croisent pas chez Lulu, elles se succèdent à un rythme étudié et soutenu. Certaines débarquent en pleine nuit. On sonne à ma porte. Mon réveil affiche : 2 heures moins le quart. Je me lève. Dans l’œilleton, une femme rose glousse et se tortille. J’ouvre. Elle vire au rouge et se jette dans l’escalier. Trompée d’étage.
- Lulu c’est en-dessous.
- Parrrrdoon.
Elle roule les R. En me recouchant, je les entends rigoler de la méprise.
Le lendemain, je lui ai écrit une lettre : Lulu je t’aime bien mais je n’en peux plus. Pars. Déménage. Fous-moi la paix.
Et puis bon, ça n’a plus duré très longtemps. Lulu a déménagé.
- Tu vas avoir la paix, gentille petite voisine
- Sois pas tendre Lulu, tu vas me faire pleurer.
Avant de connaître Lulu, je dormais huit heures par nuit. Depuis sept. Jamais pu récupérer la huitième heure.
L’épilogue de la Lulu Story est à chercher dans sa baignoire.
A force de la vider par les bords, Lulu a pourri l’appartement en dessous du sien jusqu’à la moelle des murs. Les deux proprios sont en procès et Lulu, parti sans laisser d’adresse.
Pour assainir, on a placé un énorme déshumidificateur, avec un moteur genre chalutier, pêt-pêt-pêt, qui a fonctionné jour et nuit pendant deux mois.
Comme dirait le poète, le boucan qui succède à Lulu, c’est encore du Lulu !
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03/03/2010
S’habiller pour gagner !
C’est ce qui figurait sur une note distribuée aux participantes d’un colloque, toutes salariées de la Banque d’Angleterre.
Pour avoir convié son personnel féminin à un séminaire consacré à la façon dont il convient de s’habiller, de se chausser et de se maquiller pour venir au travail, l’institution bancaire britannique s’est vue accusée de « sexisme institutionnel ».
Il faut dire que la thématique avait sérieusement de quoi agacer.
Le mémo récapitulait toute une série de recommandations, dont une mise en garde contre le port de certains accessoires qui feraient ressembler les employées à des prostituées.
« Ayez l’air professionnel, et non à la mode ; faites attention au parfum ; portez toujours des chaussures à talons, mais de 5 cm au maximum ; soyez toujours maquillée, même si ce n’est qu’avec un peu de rouge à lèvres », précise cette note rédigée par le cabinet de conseil en image professionnelle spécialement mandaté par la banque.
« Chaussures et jupes doivent être de la même couleur. Sont formellement proscrits les bracelets de cheville – ‘cela fait professionnelle, mais uniquement d’un milieu auquel vous n’aimeriez pas être assimilée’ -, les talons hauts blancs, les sacs à main pleins à craquer, les accumulations de bagues et les multiples perçages des oreilles », poursuit le document.
D’où la légitimité, pour les employées de la banque d’Angleterre, de saisir éventuellement les tribunaux et poursuivre leur employeur pour discrimination sexuelle.
« C’est symptomatique du sexisme institutionnel ambiant. Si les femmes sont jugées sur leurs vêtements alors cela induit qu’elles sont traitées différemment de leurs collègues masculins », soutient Me Lawrence Davies, du cabinet Equal Justice.
L’initiative a soulevé un tollé, notamment parmi les économistes de la City, les députés et les organisations de défense des droits des femmes.
« Ce que fait la Banque d’Angleterre est ahurissant, s’insurge Ruth Lea, économiste de la banque Arbuthnot Banking et ancienne directrice du Centre for Policy Studies (un cercle de réflexion britannique très influent), gaspiller de l’argent pour des trucs pareils, c’est grotesque. Il appartient aux hommes comme aux femmes de décider de ce qu’ils doivent porter ou non. Si vous avez été capable de décrocher un boulot bien payé, vous avez certainement assez de jugeote pour choisir les bons vêtements. »
Les consultants en image d’entreprise facturent jusqu’à 5 000 livres (5 600 euros) la séance d’une demi-heure !
Si les codes vestimentaires sont monnaie courante dans de nombreuses professions, préciser la couleur requise pour les talons et insister sur le maquillage sont aux yeux de beaucoup des marques de sexisme.
Voici l’avis de Pippa Rees, directrice du cabinet de conseil Naked Ambition Personal Branding Consultants qui, bien-sûr, prêche pour sa paroisse : « La façon dont vous vous habillez, assure-t-elle, peut vous donner plus d’autorité et vous permettre de vous faire davantage respecter. C’est un vrai casse-tête pour les femmes de s’habiller correctement pour le travail et les grandes occasions. Les consultants en image peuvent les aider à réaliser que les vêtements vont renforcer leur crédibilité ou, au contraire, l’entamer. Que vous soyez banquier, avocat ou comptable, vous êtes un professionnel et votre client attend de vous que vous vous présentiez comme tel. L’uniforme d’un pilote dénote sa capacité à faire son boulot et, dans les autres professions, c’est la même chose. »
Quant à moi, il me revient à l'esprit cette citation de Khalil Gibran :
« Bien que vous recherchiez en vos habits le sceau de votre liberté, vous n'y trouverez bien souvent que des chaînes. »
A méditer lors d’un prochain séminaire à la Banque d’Angleterre, ou ailleurs …
Mon avis :
Je serai assez favorable à des cours d’ « image branding » dispensés à certains hommes en insistant sévèrement sur l’art de correctement cirer ses chaussures et de bien traiter ses pellicules de cheveux !
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01/03/2010
Huitaine…





Et puis, et puis, une éclaircie samedi.
Alors, je me suis engouffrée à l’Utopia pour une séance ciné-découverte.
Un choc !
Le film documentaire de Sacha Gervasi : « ANVIL – The Story of Anvil » est assurément une révélation.
Eté 1982, les membres du groupe Anvil sont considérés comme « les demi-dieux du heavy metal » au même titre que Metallica, Scorpions et Motorhead !
Mais le triomphe est éphémère. Vingt-cinq ans plus tard Lips et Robb continuent de nourrir des espoirs de gloire.
Entre famille et petits boulots, ils multiplient les concerts dans les bars, et tentent une tournée en Europe…
Aujourd’hui ils mettent le feu à la planète !
Renversant et euphorisant, ce n’est pas du tout un film sur le Heavy Metal.
C’est un film sur la persévérance, l’amitié et l’amour. C’est pour cela que tout le monde est touché au cœur.
S’il est distribué dans une salle près de chez vous, courrez, volez… ce film est une véritable cure de jouvence !
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26/02/2010
Augustine
J’ai connu Augustine parce qu’elle était tombée en travers d’une rue que j’allais traverser. J’ai eu un mal fou à redresser Augustine.
Ses premiers mots ont été pour m’implorer de ne pas cafter cette chute à sa maison de retraite deux rues plus loin, faute de quoi elle ne sortirait plus jamais seule.
Bon, bon, bien sûr.
On s’est assurées que la bouteille de mousseux, Saint-Machin, demi-sec, 11 degrés, destinée à son oncle René ne s’était pas brisée dans le cabas. On est allé à la pharmacie lui tartiner un peu de Synthol. Et puis je lui ai proposé de l’accompagner chez l’oncle René.
Elle m’a fait tout un cirque de remerciements, m’a menacé à plusieurs reprises de pleurer de joie. Elle a brodé sur mon prénom, « l’envoyée de Dieu », m’a raconté son spasme coronarien, ses opérations, sa précédente chute.
On a pris le métro. Je regardais ses chaussures, pensées par des gens qui ont décidé une bonne fois que la laideur sied à la vieillesse.
A sa demande, j’ai compté sa grenouille, vérifié trois fois que le chéquier de la Poste était bien dans la poche intérieure du cabas.
On a fini chez les Petites Sœurs des Pauvres. Oncle René était là, un curé absolument vieux, à béret et pèlerine, avec du sang qui ne circulait que par endroits.
Les phalanges soudées à la canne. J’étayais leurs embrassades, dans des craquements de fagots.
Il a trouvé le moyen de l’engueuler :
- Je t’attendais pour trois heures ! Il est cinq heures !
Elle se justifiait à coups d’ « Oncle René ». On a sorti la bibine
Accablement.
- Tu n’aurais pas dû !
- Oh ben pour toi, Oncle René, qui as toujours été si bon !
J’ai senti qu’Augustine bassinait l’Oncle René depuis quatre-vingts ans. On a fait appeler un taxi.
Une femme taxi s’est pointée à qui Augustine a dit « Monsieur ».
Vas-y Augustine, engouffre toi, je vais te rabattre la jupe pour qu’elle ne coince pas dans la portière. Avant on s’embrasse fougueusement.
- Promettez d’écrire. Ecrivez-moi pour la Sainte Augustine, c’est le 28 août.
- Sans faute.
- Personne n’a jamais été aussi gentil avec moi.
Ça sonnait vrai.
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24/02/2010
Un fidèle, soyez un fidèle !
ou… plus qu’un simple salarié, il faut savoir être un fidèle…un apôtre !
Disons, par confort, que cette histoire se passe quelque part en Russie…
Boris a fait une expérience « cosmique » dans la chaîne de supermarché « Pouët-Pouët » en qualité d’opérateur de rayon. Il avait pour mission de disposer des briques de lait et des yaourts dans les rayonnages.
Il a tenté l’expérience par curiosité, en se faisant embaucher, après avoir vu un reportage sur la « culture d’entreprise » affirmant qu’elle régnait partout – et surtout dans les supermarchés.
Il n’avait pas voulu le croire et pourtant…
Le personnel court à la réunion du matin, Boris fait de même.
Manutentionnaires, caissiers et personnel d’entretien se mettent en cercle. Tout le monde se prend par la main et s’immobilise avec un air solennel.
Sur un imperceptible hochement de tête de la responsable, chacun se met à hurler :
« L’équipe est notre force, le travail nous unit/nous atteindrons nos objectifs à n’importe quel prix !/ Rayonne le soleil, le pays nous attend/ Allons, tous en avant ! »
Ils chantent à tue-tête, tous plus faux les uns que les autres.
Les manutentionnaires sont les plus consciencieux.
Boris, lui aussi, hurle à s’en rompre les cordes vocales. Il ne pensait pas à ce que ce soit aussi amusant.
Natalia, l’agent technico-commercial, interrompt ses réflexions. « As-tu photocopié le manuel ? » lui lance-t-elle.
Ce livret lui a été remis lors de son embauche. Il rassemble l’hymne, les principes et les commandements de la société, que les employés sont censés apprendre par cœur.
Boris trouve que la lecture est plutôt divertissante et pourrait avantageusement remplacer un recueil d’histoires drôles. « Nous passons la plus grande partie de notre vie à travailler ou à penser à notre travail. Nous sommes choisis pour accomplir une grande tâche », peut-on ainsi y lire.
Ainsi, la personne chargée de l’entretien est donc choisie pour « la grande tâche » de passer la serpillière, et Boris, pour celle de ranger les yaourts.
S’il se fie au livret, « notre équipe possède un savoir interne. Il sera inévitablement et définitivement perdu si l’on quitte la Société ! » Mais qui oserait démissionner après ça ? On est forcément coincé jusqu’à la retraite !
D’un autre côté, pense Boris, rester est dangereux car une telle culture d’entreprise finira par lui bouffer le cerveau. Même dans les toilettes, il lui est impossible de se détendre, les murs sont couverts de rappels à l’ordre : « Pense aux objectifs ! »
« Vous ne vous sentez pas un peu zombie ? a demandé Boris à Natalia.
« Mais non, a-t-elle rétorqué, on me dit de chanter, alors je chante. Sinon on a un avertissement. Ces ‘commandements’ figurent aussi sur le Passeport de partenaire de la société. Ici, on donne le titre de ‘partenaire’ à ceux qui ont le mieux travaillé dans l’année. J’ai vu un passeport chez ma responsable : un petit livre avec une couverture bordeaux et une inscription en latin en lettres dorées : Memento finis, c'est-à-dire ‘Pense à ton but’ ».
Mon avis :
Memento finis :
‘Pense à ton but’ oui,ou … ‘Pense à ta fin’.
Alléluia, décidément les voies de la connerie sont impénétrables et,
si ce n'était pas aussi pathétique,
on en rirait volontiers !
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22/02/2010
Instantanés…
Cette semaine, un détour par le Château d’Eau à Toulouse s’imposait.
On y propose une exposition « Simulacres et Parodies » (visible jusqu’au 21 mars 2010) conçue et présentée en écho au colloque organisé par l’Université Toulouse-Le Mirail, «Entre code et corps : tableau vivant et photographie mise en scène» les 18, 19 et 20 mars 2010.
La vocation documentaire accordée à la photographie estompe la place que la mise en scène et le « tableau vivant » occupent pourtant depuis le XIXe siècle dans son histoire. Les photographes s’emparent de la photographie, détournent ses modalités et la plient à leurs besoins ; au début, pour satisfaire le goût d’une époque et palier les limites techniques comme la faible sensibilité des émulsions, plus tard pour s’approcher d’une vérité que la seule empreinte n’atteint pas, pour donner corps à des images mentales ou pour questionner le médium.
Mises en scène de studio ou arrangements à l’aide des outils numériques constituent cette exposition. Elle s’articule en trois propositions agissant dans les productions contemporaines : pastiche de la peinture, parodie d’une iconographie populaire, jeu sur la valeur indicielle qu’on donne à la photographie.
Les photographies exposées sont des travaux de Nazif Topçuoglu, Rauf Mamedov, Bachelot et Caron, Collectif Odessa, Barbora Kleinhamplova & Katerina Drzkova, David Rosenfeld, Vincent Debanne
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Très remarquable prestation de la Cie La Cie Six pieds sous terre, Deux doigts au dessus, samedi soir à La Cavalette.
« Donnant Donnant », difficile texte d’Enzo Cormann a été porté avec doigté et crédibilité par les acteurs qui, par ailleurs, ont admirablement su tirer profit de la difficile configuration du lieu et y installer une scénographie vivante et juste.
Félicitations à ces jeunes comédiens du Conservatoire de Montpellier bourrés de talent et sacrément prometteurs.
La soirée fut aussi l’occasion de belles retrouvailles avec notre joyeuse bande de copains !
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19/02/2010
Qui s'y frotte...
Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager un petit apologue d’Arthur Schopenhauer que je viens de lire dans Parerga et Paralipomena (1851) –
Juste pour mémoire, Schopenhauer, c'est l'idéalisme athée.
La volonté n'est pas ce qui a créé le monde, elle est le monde.
Pour lui tout est, et, rien ne devient. Le monde est immobile, il ne bouge qu'en apparence. La volonté ne crée rien. Elle ne se perpétue qu'en surface mais est immortelle par essence.
Ainsi, selon Arthur Schopenhauer, la « volonté de vivre » l'emporte sur les impératifs nés de la Raison, et que la morale, loin de s'appuyer sur des impératifs abstraits comme la loi ou l'obligation, obéit d'abord à l'ordre des sentiments.
Je vous laisse savourer et … tiens, selon vous qui est celui qui « possède beaucoup de calorique » ?
« Par une froide journée d'hiver, un troupeau de porcs-épics s'était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur.
Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s'éloigner les uns des autres.
Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu'ils fussent ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu'à ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable.
Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.
La distance moyenne qu'ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c'est la politesse et les belles manières.
En Angleterre, on crie à celui qui ne se tient pas à distance : Keep your distance ! –
Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n'est, à la vérité, satisfait qu'à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants. - Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre préfère rester en dehors de la société pour n'éprouver ni ne causer de peine. »
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17/02/2010
Si pas de rides, pas de clopes…
Alors que dans certains coins du monde on se sert de logiciels pour traquer et identifier les terroristes, notamment dans le Transportation Security Agency, au Japon, on a recours à la reconnaissance faciale pour empêcher les mineurs d'acheter des cigarettes dans les 570 000 distributeurs automatiques recensés.
Hé oui… Au pays du Soleil Levant, les moins de 20 ans n’ont pas le droit de fumer, et une loi entrée en vigueur en juillet 2008, exige que les distributeurs automatiques soient en mesure, sous peine de poursuites, de contrôler l'âge du fumeur qui vient se procurer quelques cigarettes.
Le ministère des Finances avait approuvé un système qui par une carte à puce pouvait contrôler l'âge de l'acheteur. Mais on s'en doute, les abus n'ont pas tardé.
Alors, Fujitaka Co., est arrivé !
La société a développé un distributeur automatique, qui a recours à un appareil photo numérique pour étudier les contours du visage des acheteurs en devenir et détecter, et c'est très fort, « les rides cerclant les yeux, la structure osseuse du visage et l'affaissement de la peau ».
« Ange plein de beauté, connaissez vous les rides », disait Charles Baudelaire et bien ce système compare les caractéristiques faciales des usagers à celles d’une banque de données de plus de 100 000 visages.
Selon le fabricant, les résultats du test sont formels dans 90 % des cas, et dans les 10 % restants – les visages très mûrs ou particulièrement juvéniles –, les usagers seront tenus d’insérer leur permis de conduire ou leur pièce d’identité dans le distributeur.
Le nombre de fumeurs chez les mineurs a beau être en baisse au Japon, une enquête réalisée en 2006 montrait que 14 % des adolescents et 4 % des adolescentes de 17-18 ans fumaient quotidiennement.
Mon avis :
Quand les rides s'amoncèleront comme des nuages,
certains grimaceront devant leurs miroirs pour retendre vainement leurs tissus.
Pas sûr que la Psyché leur vendra leur première jeunesse!
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