31/01/2011
Trois coups …
Fait marquant de ma petite semaine : un magistral moment de théâtre.
Le TNT proposait « Lulu une tragédie monstre » pièce-fleuve de Frank Wedekind mise en scène par Stéphane Braunschweig, dans sa version de 1894, pour le Théâtre de La Colline à Lyon.
Soit près de quatre heures sur la vie d'une femme, Lulu, figure subversive et ambigüe qui croque les hommes comme Carmen, tout en se pliant à leurs fantasmes.
A l'époque, la pièce du dramaturge allemand fut taxée de misogynie et de moralisme. Nullement ennemi des femmes, pourtant, Wedekind crée là, au contraire, une sublime héroïne tragique, dont le pouvoir s'exerce en toute liberté.
Née dans le caniveau, mise sur le trottoir et violée dès son plus jeune âge par un père-maquereau aux allures de Thénardier, cette Cosette moderne devenue femme fatale ne cesse de prendre sa revanche sur les hommes. Et plus choquant encore : elle choisit de jouir sans entrave.
A la fois mante religieuse et femme-enfant, victime et bourreau, artiste et putain, mais jamais maman (stérile, son corps est entièrement dévouée au plaisir sensuel), Lulu (Chloé Réjon) incarne une boîte de Pandore - titre de la pièce définitive, découpée en dyptique en 1913 : insaisissable, elle suscite l'espoir de tous ceux qui s'en approchent, avant que ne s'abatte sur eux une lourde chape de désespoir et de mort.
Sur le passage de Lulu, en effet, les hommes, ivres de désir, tombent comme des mouches.
Quand débute la pièce, Lulu fréquente un riche docteur, le Dr Goll. Un vieillard lubrique, tellement possessif que son coeur le lâche quand il voit Lulu dans les bras de Schwarz, un jeune peintre en train d'immortaliser la belle en costume de Pierrot. Schwarz épouse Lulu, mais ne tarde pas, lui aussi, à passer l'arme à gauche : découvrant qu'elle le trompe depuis toujours avec le Dr Schön, vieux-beau manipulateur qui l'a sortie de la misère tout en faisant d'elle sa maîtresse, il s'ouvre la gorge. C'est alors au tour du manipulateur Schön, pris à son propre manège, de goûter pleinement aux sortilèges à double-tranchant de Lulu.
Lulu échappe à la culpabilité, virevolte d'un homme et d'un milieu social au suivant, en riant au nez de qui l'incommode. Autour d'elle, s'agitent une galerie de personnages hystériques, lâches, hypocrites ou simplement pathétiques. Emprunte d'une violence permanente, la "tragédie-monstre" flirte alors ouvertement avec le théâtre de boulevard.
Braunschweig laisse libre court à ses fantaisies plastiques, encadrant ses pièces immaculées de néons rouge sang, creusant les persectives en d'incessants jeux de miroirs, faisant miroiter les rapports de domination jusqu'au vertige.
La vigueur cinglante et l'humour ravageur de la première partie, s'estompent quand le rideau se lève après l'entracte, à mesure que l'irrésistible ascension de Lulu se tarît, laissant place à une douloureuse chute.
Rattrapée par son passé, incarné dans les coulisses crasses du "monde" par son ogre paternel (John Arnold, terrifiant), Lulu tente encore de tirer les fils de sa destinée.
Le rire se mue en grincement glauque, la comédie parisienne acide en tragédie des bas-fonds londoniens, sous la forme d'un intense tête à tête avec la mort, en costume de Jack L'éventreur.
Sublimée par une distribution étincelante, la mise en scène constamment inventive et stimulante de Braunschweig donne à voir Lulu pour ce qu'elle est : une passionnante pièce aux accents féministes, tranchante, impitoyable, qui, à l'image de son héroïne, ne cesse de se dérober à notre jugement moral.
Anecdotique mais énervant, nous étions assez mal placés (au parterre mais pratiquement dans les derniers rangs) et, pur hasard, j’étais assisse à côté de Stephane Braunschweig qui au démarrage de la pièce avait lancé un compte à rebours sur son Iphone.
Toutes les 15 minutes, il le consultait, illuminant ainsi la travée. Quand on sait combien, et à très juste titre, il est demandé aux spectateurs d'éteindre leurs téléphones portables, l'hôpital se foutait de la charité !
L’apothéose fut quand, il lâcha l’objet avec fracas et se mit à farfouiller sous mes pieds.
Je l’aurais carrément étranglé !
00:30 Publié dans Au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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Sergej Jensen
Séduite par les artistes d’aujourd’hui, figures contemporaines, nouveaux talents, je vous propose un tableau, une sculpture, une installation coup de cœur chaque lundi…
Une occasion de rencontrer l’œuvre et son auteur…

United Nations, 2005
Handknitted wool on linen
220 x 230 cm
Sergej Jensen est né à Maglegaard (Danemark) en 1973, vit et travaille à Hambourg (Allemagne).
Devant le travail de Sergej Jensen, certaines choses viennent à l’esprit. Les mêmes choses reviennent, mais jamais sous la même forme. L’observateur devrait garder un œil sur les conditions de leur apparition. Dans le travail de Jensen, le thème de la liberté est réinterprété.
Il ne s’agit plus d’une liberté à la De Kooning, ni d’un genre de baratin à la « Go West », pas plus que la liberté de gentils et d’intelligents dauphins dans le vaste océan. La liberté apparaît maintenant transformée en segments séparés qui engendrent un certain type de qualité. De nos jours, cette notion est numérisée ; elle se donne à voir sous forme de granules, des parties coupées qu’il faut réassembler autrement.
Ou, comme le dit une publicité anglaise, « la liberté est la somme de tous les espaces minuscules entre chaque cheveu » - de minuscules espaces qui ont été rassemblés !
Dans les enregistrements de Jensen, ornés de particules de musique, d’ordinateurs, de chute d’eau, de tableaux de Raoul de Keyser, de cartes postales, de produits de nettoyage (chlore, savon ou chiffon), les choses avancent plus ou moins automatiquement sur le tapis roulant de la vie.
Leur montage est exécuté d’une manière similaire au « mariage » du châssis et du moteur sur une chaîne d’assemblage. Sur le tableau, ce procédé a un effet assez apaisant, il est prosaïque et rassurant.
La différence qualitative entre les tableaux crées il y a cinquante ans et ceux crées aujourd’hui est à peine visible. Une différence que l’on peut même parfois confondre avec un processus historique.
On déniche dans les coins de vieilles formes de savoir qui se mélangent et trouvent même une autre façon de se mélanger. Elles ne sont pas simplement réunies ou mélangées de force, elles n’ont d’effet que lorsqu’elles sont tordues ou étirées dans le temps et dans l’espace. C’est ce dont il faut avoir conscience quand on regarde un des morceaux de rideau décoloré de Sergej Jensen.
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00:25 Publié dans L'Lundi : Art'contemp - une oeuvre, un artiste | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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Billet d'humeur du Québec
00:20 Publié dans Mouvimax | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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J’écoute – Weed Diamond- «Nothing To Write Home About»
00:15 Publié dans Chanson du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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Confession intime
A l’oreille, tu me murmures :
- Te souviens-tu, quand nous étions seuls sous les saules et dans la prairie ?
- Quel gibier chasses-tu dans ma mémoire ?
00:11 Publié dans Confessions intimes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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La vue d’un …
… petit nuage blanc dans le ciel bleu prodigue une pure joie

00:05 Publié dans Une image pour un jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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30/01/2011
HYPOSTASE
n.f.
1. − Médecine
A. – Vieux : Sédiment dans un liquide organique (spécialement dans les urines).
B. − Accumulation de sang dans les parties déclives des poumons chez les malades placés en décubitus dorsal prolongé et dont la circulation est perturbée
« Il alla prendre deux oreillers sur le lit, vint se rasseoir, et, le buste droit pour éviter l'hypostase, il commença avec précaution ses exercices respiratoires » (Martin du G., Thib., Épil., 1940, p. 769).
2. − Philosophie et Théologie.
A. − [Doctrine néo-platonicienne] Principe divin.
« La base de cette philosophie [de Philon] était une sorte de métaphysique abstraite, introduisant dans la Divinité unique des hypostases diverses » (Renan, Évangiles, 1877, p. 415).
B. − [Dogme chrétien] Chacune des trois personnes divines, considérée comme substantiellement distincte. Il y a en Dieu trois hypostases et une seule nature.
« Cette vieille question, débattue pendant des ans : le Christ a-t-il été attaché, seul, sur la croix ou bien la Trinité, une en trois personnes, a-t-elle souffert, dans sa triple hypostase, sur le gibet du Calvaire ? » (Huysmans, À rebours, 1884, p. 108).
3. – Linguistique : Substitution d'une catégorie grammaticale à une autre.
23:55 Publié dans Mot compliqué du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : définition, vocabulaire, dictionnaire |
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«Purge» – Sofi Oksanen – éd. Stock – Col. Cosmopolite
«… Tous ces efforts ! Toute cette énergie ! Le recouvrement des paiements des ménages sans enfants ! Tout ce travail démesuré et les nuits sans sommeil et la vie atrophiée par la peur quotidienne, la peau nauséabonde de Martin, ses hochements de tête sans fin, ses nuits blanches dans le lit de Martin, l’histoire sans fin, les dessous-de-bras écrasés de peur de la robe en bemberg, les mains poilues du dentiste, les yeux vitreux de Linda après cette nuit-là, les lampes et les bottes militaires, elle aurait tout pardonné, elle aurait tout oublié pour ne fût-ce qu’une journée dans un parc à Tallinn avec Hans. …»
23:50 Publié dans Phrase du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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28/01/2011
Jenny …
La vie est drôle.
J’ai retrouvé une copine dans une soirée.
A vrai dire, je ne me rappelais plus très bien d’elle.
Au lycée, elle était grosse, bigleuse et ne s’intéressait à personne.
Subitement, elle ressurgissait devant moi, aussi maigre qu’agitée avec trente ans de plus.
Autre chose avait changé.
Cette fille taiseuse était devenue un moulin à paroles et débitait à chacun, chacune tout un tas de conneries autoglorifiantes.
Elle vivait seule mais se disait épanouie.
Elle dormait seule mais se sentait désirée.
Pour être aussi-bien-avec-elle-même, elle récitait par cœur l’annuaire professionnel de la page psychanalyste à thérapeute ésotérique.
En prenant congé d’elle, elle m’a entraînée dans un coin de la salle pour me confier :
" En ce moment, le psychanalyste qui me suit s’appelle Jenny Weissbecker.
Je trouve curieux qu’un homme s’appelle Jenny.
La première fois qu’il m’a reçue, j’ai posé la question :
- Vous êtes le remplaçant de Madame Weissbecker ?
- Je suis Monsieur Weissbecker.
- Jenny Weissbecker ?
- Jenny Weissbecker.
Je n’ai plus rien dit et nous en sommes restés là.
Il va pourtant falloir reparler de ce problème.
Et j’emploie ce terme en connaissance de cause.
Parce qu’à la longue, pour une fille ultra fragile comme moi, c’est sexuellement très perturbant de se sentir attirée par les fesses de Jenny."
Je n’ai pas su quoi lui répondre.
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31
Beaucoup, peu, suffisamment ou déraisonnablement
avec ou sans intérêt…
les chiffres vous parleront
chaque vendredi…
Une façon de vous rendre quelques comptes…

31 millions d'euros - C'est le montant des amendes perçues en 2010 par l'Etat des communes qui ne respectent pas la loi de solidarité et de renouvellement urbain.
Celle-ci impose aux communes de plus de 3 500 habitants d'atteindre un quota de 20 % de logements sociaux.
De nombreuses villes ont cependant bénéficié de réductions pour avoir investi afin de rattraper leur retard, diminuant les recettes pour l'Etat.
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00:25 Publié dans L'Vendredi : Tout compte fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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