27/09/2010

A propos …

 ŸŸŸ de la sortie, mercredi dernier, du film AMORE

 

amore.jpegAmore, « Io sono l'amore » dans sa version originale s'impose comme une transposition contemporaine d’un univers à la Thomas Mann : le film est d’ailleurs directement inspiré des « Buddenbroke » de l’auteur. Un auteur, d’ailleurs, adapté par Visconti dans l'inoubliable Mort à Venise, porté par Dirk Bogarde et la Cinquième Symphonie de Mahler…

 

Luca Guadagnino, jeune réalisateur à peine connu en France, signe là un film assez somptueux et parvient à transmuter toutes les sensations - le toucher, le goût, l'odorat - en images.  

 

L’histoire se déroule dans une grande famille d’aristocrates industriels milanais. Emma, mère et épouse modèle, merveilleux oiseau de paradis tournant désespérément en rond dans sa cage dorée… Jusqu’à ce que l’inattendu arrive, sous le visage d’un simple cuisinier passionné et talentueux qui va faire passer le cœur de la belle maîtresse de maison quadragénaire à la moulinette, au mixer, au chinois, avant de gentiment le faire mijoter…

Bref, les mets que prépare Antonio sortent Emma du sommeil des sens dans lequel l'avait plongée son mariage.

 

Le scénario d’Amore reprend un classique du mélo : celui de la grande bourgeoise qui tombe amoureuse du vigoureux prolétaire. Heureusement l’actrice Tilda Swinton  sauve la mise.

Le jeune metteur en scène n'aurait pas pu faire exister son film sans elle. On dirait qu'elle a mis dans ce rôle la quintessence de ses expériences précédentes, de la souveraineté glaciale de Narnia à la fragilité abjecte dont elle faisait preuve dans Michael Clayton. Luca Guadagnino la filme avec une fascination obsessionnelle.

Tantôt, il s'abîme dans la spirale de son chignon, tantôt il dévoile son corps le temps d'une séquence amoureuse.

 

Amore ne se décrypte pas, se comprend sans difficulté ni surprise, il se voit.

 

Pour autant, à mon avis, Amore n'est pas un film parfait.

Il est plein de digressions inopportunes - les révélations sur la sexualité de la jeune Betta (encore que Guadagnino tire le meilleur parti des correspondances entre les physionomies de Tilda Swinton et Alba Rohrwacher), les tribulations économiques de la tribu Recchi.

 

Le scénario ne se hisse pas toujours à la hauteur de la mise en scène.

D’ailleurs seuls l'élégance et le mystère de la grande comédienne Tilda Swinton empêchent une (longue, longue, longue) partie de campagne et de jambes en l'air, avec marguerites, libellules et tutti quanti, de carrément sombrer dans le ridicule... C’est dommage parce que ce drame sur l'identification et l'émancipation d'une femme a vraiment la classe.

 

Si vous aimez les grandes passions, le cinéma de Visconti, les belles demeures et le mélo, les plans larges et les fleurettes … ce film est pour vous !

 

 

 


 

 

ŸŸŸ de la pièce de théâtre LES SŒURS FUEGO DEUXIEME VERSION – au Théâtre du Pont Neuf / Toulouse

 

les-soeurs-Fuego.jpgLes Sœurs Fuego forment un duo de prestidigitation. Adulées par un public nombreux, elles nous livrent le récit de leur succès. Reines de l’illusion sur scène, elles refusent, à la ville, la réalité de la vieillesse, de la décrépitude des corps, de la mort annoncée.

Le spectacle se situe à mi chemin entre le cabaret et la performance artistique. L’histoire est drôle, décalée, mélancolique de deux destins liés par l’amour de la scène et la course vers l’éternelle jeunesse.

 

Le spectacle rodé dans le cadre d’une résidence au Théâtre du Pont Neuf est rythmé, construit et cohérent. La projection des vidéos et les tubes des années 80 renforcent avec pertinence cette obsession du culte de la beauté (qui a connu une montée en puissance à cette époque là) et l’acharnement des faiseurs de rêve à vendre de l’élasticité improbable pour nos tissus vieillissants, de la chirurgie esthétique pas toujours probante.

 

Catherine Aïra et Flora Monteiro, auteures et interprètes de la pièce, démontrent une belle présence sur le plateau, déroulent des chorégraphies bien orchestrées et s’attachent à une mise en scène où la vidéo, les costumes, la lumière plongent le spectateur dans l’hystérie des années disco où tout était « magique ».

 

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