03/09/2010

L’orage

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Finalement l'orage se décide.

Quelque chose monte de la terre, quelque chose descend du ciel.

Les arbres sont froissés. Ils noircissent à vue d’œil et font un bruit de gouttes avant les premières gouttes.

Sous mon porche, je suis à la fois protégée et au milieu de tout.

Les gens pressent le pas, on voit une main les pousser aux épaules et, d’un même mouvement, retrousser les pans des imperméables.

J’entends : « Il va pleuvoir grave! ».

La lumière des autobus s’avive à mesure que le ciel s’assombrit. On dirait des maisons mobiles toutes lumières allumées.

Il fait plus froid. Le ciel est blanc vers le nord, mais ne diffuse aucune clarté.

Les pigeons sont ivres. Deux insectes se cognent à mon nez.

Il pleut.

Tout de suite ça sent la pluie, la terre chaude. La vue se brouille.

Je siffle. Ca résonne sous le porche. Cet écho s’accorde avec le bruit de l’eau dans les gouttières.

Des gens courent pour s’abriter sous des parasols détrempés.

La pluie par bourrasque atteint mes pieds, mes bras. Une goutte s’est logée dans ma main pourtant presque fermée.

Les feuillages enflent et giclent comme une salade qu’on essore. Les troncs sont noirs. Rapidement le sol n’absorbe plus rien, les caniveaux dégorgent. Des bras de mer se forment. La fraîcheur s’accroit de minute en minute, et même au sec, on se sent frotté de linges humides. Je sautille sur place. Tout le pavé est inondé.

Il fait complètement nuit sous les arbres. On devine un banc. Une fille sans parapluie court comme une folle. Une autre non. Elle consent à se laisser tremper, plisse des yeux et dilate les narines.

Le gazon apprécie cette saucée.

Les phares d’une voiture irisent la gerbe d’eau soulevée par celle qui la précède.

Je décide de quitter mon abri. La pluie tombe plus fine, presque poudreuse. Je longe des brasseries où les regards des gens bien contents d’être au sec suivent les passants au dos recourbé. Beaucoup de monde attend sous des auvents ou des abribus.

 

Aujourd’hui, je suis vachement contente et si je convoque les pensées qui habituellement me font de la peine, c’est tout juste si je les reconnais.

 

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