24/02/2010
Un fidèle, soyez un fidèle !
ou… plus qu’un simple salarié, il faut savoir être un fidèle…un apôtre !
Disons, par confort, que cette histoire se passe quelque part en Russie…
Boris a fait une expérience « cosmique » dans la chaîne de supermarché « Pouët-Pouët » en qualité d’opérateur de rayon. Il avait pour mission de disposer des briques de lait et des yaourts dans les rayonnages.
Il a tenté l’expérience par curiosité, en se faisant embaucher, après avoir vu un reportage sur la « culture d’entreprise » affirmant qu’elle régnait partout – et surtout dans les supermarchés.
Il n’avait pas voulu le croire et pourtant…
Le personnel court à la réunion du matin, Boris fait de même.
Manutentionnaires, caissiers et personnel d’entretien se mettent en cercle. Tout le monde se prend par la main et s’immobilise avec un air solennel.
Sur un imperceptible hochement de tête de la responsable, chacun se met à hurler :
« L’équipe est notre force, le travail nous unit/nous atteindrons nos objectifs à n’importe quel prix !/ Rayonne le soleil, le pays nous attend/ Allons, tous en avant ! »
Ils chantent à tue-tête, tous plus faux les uns que les autres.
Les manutentionnaires sont les plus consciencieux.
Boris, lui aussi, hurle à s’en rompre les cordes vocales. Il ne pensait pas à ce que ce soit aussi amusant.
Natalia, l’agent technico-commercial, interrompt ses réflexions. « As-tu photocopié le manuel ? » lui lance-t-elle.
Ce livret lui a été remis lors de son embauche. Il rassemble l’hymne, les principes et les commandements de la société, que les employés sont censés apprendre par cœur.
Boris trouve que la lecture est plutôt divertissante et pourrait avantageusement remplacer un recueil d’histoires drôles. « Nous passons la plus grande partie de notre vie à travailler ou à penser à notre travail. Nous sommes choisis pour accomplir une grande tâche », peut-on ainsi y lire.
Ainsi, la personne chargée de l’entretien est donc choisie pour « la grande tâche » de passer la serpillière, et Boris, pour celle de ranger les yaourts.
S’il se fie au livret, « notre équipe possède un savoir interne. Il sera inévitablement et définitivement perdu si l’on quitte la Société ! » Mais qui oserait démissionner après ça ? On est forcément coincé jusqu’à la retraite !
D’un autre côté, pense Boris, rester est dangereux car une telle culture d’entreprise finira par lui bouffer le cerveau. Même dans les toilettes, il lui est impossible de se détendre, les murs sont couverts de rappels à l’ordre : « Pense aux objectifs ! »
« Vous ne vous sentez pas un peu zombie ? a demandé Boris à Natalia.
« Mais non, a-t-elle rétorqué, on me dit de chanter, alors je chante. Sinon on a un avertissement. Ces ‘commandements’ figurent aussi sur le Passeport de partenaire de la société. Ici, on donne le titre de ‘partenaire’ à ceux qui ont le mieux travaillé dans l’année. J’ai vu un passeport chez ma responsable : un petit livre avec une couverture bordeaux et une inscription en latin en lettres dorées : Memento finis, c'est-à-dire ‘Pense à ton but’ ».
Mon avis :
Memento finis :
‘Pense à ton but’ oui,ou … ‘Pense à ta fin’.
Alléluia, décidément les voies de la connerie sont impénétrables et,
si ce n'était pas aussi pathétique,
on en rirait volontiers !
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00:30 Publié dans Au quotidien | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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