19/02/2010
Qui s'y frotte...
Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager un petit apologue d’Arthur Schopenhauer que je viens de lire dans Parerga et Paralipomena (1851) –
Juste pour mémoire, Schopenhauer, c'est l'idéalisme athée.
La volonté n'est pas ce qui a créé le monde, elle est le monde.
Pour lui tout est, et, rien ne devient. Le monde est immobile, il ne bouge qu'en apparence. La volonté ne crée rien. Elle ne se perpétue qu'en surface mais est immortelle par essence.
Ainsi, selon Arthur Schopenhauer, la « volonté de vivre » l'emporte sur les impératifs nés de la Raison, et que la morale, loin de s'appuyer sur des impératifs abstraits comme la loi ou l'obligation, obéit d'abord à l'ordre des sentiments.
Je vous laisse savourer et … tiens, selon vous qui est celui qui « possède beaucoup de calorique » ?
« Par une froide journée d'hiver, un troupeau de porcs-épics s'était mis en groupe serré pour se garantir mutuellement contre la gelée par leur propre chaleur.
Mais tout aussitôt ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s'éloigner les uns des autres.
Quand le besoin de se chauffer les eut rapprochés de nouveau, le même inconvénient se renouvela, de façon qu'ils fussent ballottés de çà et de là entre les deux souffrances, jusqu'à ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rendit la situation supportable.
Ainsi, le besoin de société, né du vide et de la monotonie de leur propre intérieur, pousse les hommes les uns vers les autres; mais leurs nombreuses qualités repoussantes et leurs insupportables défauts les dispersent de nouveau.
La distance moyenne qu'ils finissent par découvrir et à laquelle la vie en commun devient possible, c'est la politesse et les belles manières.
En Angleterre, on crie à celui qui ne se tient pas à distance : Keep your distance ! –
Par ce moyen, le besoin de chauffage mutuel n'est, à la vérité, satisfait qu'à moitié, mais en revanche on ne ressent pas la blessure des piquants. - Celui-là cependant qui possède beaucoup de calorique propre préfère rester en dehors de la société pour n'éprouver ni ne causer de peine. »
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