14/12/2009
1985 - Les « Immatériaux » à Beaubourg

PARIS
Quel sera l’art de l’avenir ?
Une importante exposition qui s’est ouverte le 28 mars et qui occupe tout les cinquième étage du centre Georges Pompidou cherche à le préfigurer.
Celle-ci devait, primitivement, s’intituler « Matériaux nouveaux et création ». Mais cela ne signifiait pas grand-chose : on risquait tout à la fois, l’assemblage du n’importe quoi et le quiproquo. Et c’est Jean-François Lyotard, soixante deux ans, philosophe vedette de la défunte université de Vincennes chargé de mettre sur pied de l’exposition, qui a proposé de la baptiser « les Immatériaux ».
« Ce titre est venu tout seul : j’ai pensé qu’au fond, ce qui est intéressant, ce sont ces nouvelles technologies qui sont des substituts d’opérations mentales et non plus d’opérations physiques comme jusqu’à présent. » Pour Lyotard, en effet, nous sommes entrés dans ce qu’il appelle l’époque postmoderne – encyclopédique, matérialiste, historiciste – née au XVIIIe siècle. « La distinction entre la substance-esprit et une substance-matière devient désuète, peu capable de couvrir notre façon de penser et de vivre. » Le bouleversement est si considérable que la peinture, selon lui, est dans l’impossibilité absolue de l’exprimer.
Ainsi, dans cette exposition, point ou presque de tableaux. Elle est découpée en 25 sites – ou zones – aux murs revêtus d’une uniforme couleur gris souris. Et ce qui est montré, ce sont des photographies du cosmos, des métaux vus au microscope électronique, des images éclatées ou reprographiées, des hologrammes, des programmes interactifs, des traces de voix qui mettent le public en rapport avec la réalité d’aujourd’hui, dont il n’a pas toujours conscience.
Mais la grande innovation des « Immatériaux » est de s’adresser, en même temps qu’aux yeux, à l’oreille. Dès l’entrée, le visiteur reçoit, avec son billet, une paire d’écouteurs et la bande-son change automatiquement au fur et à mesure qu’il se déplace de site en site. Les textes sont de Platon, Proust, Artaud, Michaux… Lyotard connaît ses classiques. Dommage que sa culture visuelle soit moins étendue. Aux côtés de Duchamp, il n’a malheureusement exposé que des épigones ignorant, par exemple, des artistes tels Schöffer ou Kowalski, le seul immatériel de l’art aujourd’hui.
00:00 Publié dans Les Temps d'Arts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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