12/10/2009
1984 - HELION : DE L’ABSTRACTION A LA FIGURATION

PARIS
Il excelle comme personne dans les fruits et légumes, sait d’instinct vous torcher une soupière, vous rabattre un chapeau sur les yeux après avoir passé de longues années à peindre des tableaux abstraits dans le style de Mondrian. Le plus impressionnant, dans la peinture d’Hélion, c’est peut-être cela : une coupure en deux parties inégales, d’inégal intérêt et d’inégale valeur.
L’artiste a toujours nié qu’il y avait, chez lui, une quelconque coupure. Et sans doute sa période abstraite lui a-t-elle permis de faire ses gammes. Mais quel ennui ! Il faut oser le dire. Alors que son œuvre figurative pose, au contraire, Hélion – à quatre-vingt ans – comme un des peintres majeurs de l’époque. On le constate une fois de plus à la rétrospective de quelques deux cent toiles et dessins que lui consacre en cette fin d’année le musée d’Art Moderne de la Ville.
Orgueil de la jeunesse ou méfait de la métaphysique ? Lorsque dans les années 30, il était le compagnon de Théo Van Doesburg, Hélion ne parlait qu’universalité de l’art, construction du tableau, primauté de l’esprit. Mais la vraie profondeur lui viendra beaucoup plus tard, lorsqu’un été il s’amourachera d’un chou : « Qu’est-ce qu’un chou ? Quel type de création définit-il ? C’est ainsi qu’aujourd’hui 15 août je m’aperçois que je n’avais pas reconnu l’enroulement des feuilles pour former le cœur. Je ne m’étais occupé que de leur écartement. » Et ceci : « Quand je m’éprends d’un objet, j’y vois toute la création. »
Que Jean hélion soit un des rénovateurs de la nature morte, c’est certain. Il suffit non seulement de voir ses choux – « roses sous un autre nom » - mais aussi ses positions, ses harengs, ses balances de marchand de primeurs, ses chaussures en tout genre. Il y a là une poétique, un encanaillement. Et la baguette de pain qui lui est si chère ! Tandis que Magritte la transforme en insolite dirigeable croisant dans le ciel, Hélion, lui, se contente tout bonnement de la poser sur une table ou sur un tabouret avec infiniment de mystère.
Sa grandeur réelle, cependant, Hélion l’atteint, semble-t-il, dans un sujet qui nous touche de près : l’homme en complet-veston. Il en existe de magnifiques à l’exposition : certains allument une cigarette, montent un escalier, font du vélo, d’autres regardent par la fenêtre ou lisent le journal. « Le plus commun des vestons fournit à la tête un socle superbe, sobre et drapé. Je goûte fortement le coup de cisaille, le V dans le revers du col, oblique par rapport à la plage où descend la cravate. » Et il y a aussi ses femmes aux seins fermes comme des haltères sous la robe. Tout le contraire des personnages de Dubuffet qui ne sont, eux, que dents jaunies et maux d’estomac.
Hélion a fait de nombreux et, parfois, longs séjours aux Etats-Unis, en un temps où les peintres traversaient plutôt l’Atlantique dans l’autre sens. Il a vécu, pendant l’entre deux-guerres, à New-York et en Virginie. Il aime la rue, le spectacle des spectacles selon lui. Adore les marchés qui sont une fête pour l’œil. « Au fond, vous êtes un naturaliste ! » lui disait déjà au mitan de sa période abstraite, Mondrian.
Et Mondrian s’y connaissait, lui, sui avants es roi – des rectangles et carrés, avait commencé par peindre des vaches dans les prés !
00:00 Publié dans Les Temps d'Arts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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