11/09/2009

Les bonnes clôtures font les bons voisins

Les animaux au comportement territorial défendent une zone dans laquelle ils se sentent en sécurité. Ils restent à l’intérieur de ce périmètre – en jargon scientifique, ils font preuve de « fidélité au site » - et en interdisent l’accès aux autres individus de leu espèce.

Oiseaux, grillons et grenouilles chantent, stridulent et coassent. Les lézards hochent brusquement leurs têtes et effectuent des pompes athlétiques. Quant aux mammifères, ils délimitent leur territoire avec des odeurs – l’urine, la crotte et le musc ayant leurs faveurs.

 

La possession d’un territoire garantit à son propriétaire la jouissance exclusive des ressources qu’il contient, alimentaires ou de nidification.

 

Mais il en est du territoire comme de toute chose en ce bas monde : il a un coût.

 

L’animal dépensera une énergie et un temps considérables à le garder. Il s’exposera aux prédateurs, risquera d’être blessé en luttant contre les intrus. Tous ces déboires potentiels obligent le proprio à se montrer philosophe et à n pas piquer une crise de nerfs chaque fois qu’un importun franchit la frontière.

 

Emmerdeur qui peut n’être qu’un voisin ayant déjà son territoire et avec lequel on  contractera un accord frontalier, dans ce cas une infraction mineure ne déclenchera pas les hostilités. Mais l’intrus peut être un affreux « sans terre » qui rôde pour en trouver une… alors là le propriétaire devra adapter sa réaction !

 

Il existe des animaux qui reconnaissent leur voisins et adopteront un comportement appelé « phénomène du cher ennemi » - avant d’être identifié comme voisin, l’intrus est supposé être un adversaire. Une telle attitude de dissociation permet à ces animaux de réduire les coûts induits par une défense de leur territoire.

 

Bueno… deux exemples : la salamandre à dos rouge et les castors

 

salamandre.gifParlons des  salamandres à dos rouge qui vivent dans des litières de feuilles dans les régions boisées d’Amérique du Nord. Elles établissent leur territoire autour des morceaux de bois et des pierres qui leur servent de refuges.

 

Elles le délimitent avec leurs excréments et le défendent par la menace, c’est de l’intimidation : la salamandre s’arc-boute sur ses pattes, soulève la tête et le tronc, et fait face à l’adversaire. Quant à la morsure, elle vise soit le museau soit la queue de l’ennemi, qui sont deux régions particulièrement vulnérables.

 

Chez cette espèce, le phénomène du cher ennemi existe même pendant la saison des amours. Les mâles menacent des femelles gravides inconnues et avoir un contact avec des femelles pleines connues, ce qui indique leur désir de les courtiser.

 

Les femelles adopteraient plus volontiers une posture soumise (aplaties sur le sol) avec des mâles connus qu’avec des inconnus.

Bref chez les salamandres à dos rouge, la familiarité n’engendre pas le mépris… elle engendre tout court !

 

Au tour des castors maintenant !

 

A l’instar de la salamandre à dos rouge, notre ami à large queue reconnaît ses voisins à leur odeur.

Le mâle vit dans un groupe familial composé d’une femelle, de jeunes âgés d’un an ou deux et de bébés. Les adultes délimitent leur territoire en déposant du castoréum (une substance très odorante) et des sécrétions de leurs glandes anales su des tas de boue, d’herbes ou de brindilles à proximité de l’eau.

 

castor2b.jpgLes adultes passent un temps fou à renifler les monticules à odeur-inconnue et ils livrent à leur égard de franches démonstrations d’hostilité : ils grimpent dessus, s’y dressent sur leurs membres postérieurs, leur donnent des coups de pattes et de griffes, jettent des tas de boue dessus. Comme par provocation, ils les marquent de leur castoréum ou de leurs sécrétions anales, ou tout à la fois …  

 

Les castors sont monogames, et un couple vit plusieurs années sur le même territoire. Question temps et énergies dépensées, ils ont donc tout intérêt à reconnaître les odeurs des voisins et à tolérer de leur part des incursions occasionnelles, ainsi qu’une étroite proximité. Quand on les provoque, les castors sont bagarreurs, et leurs batailles sont féroces : ils sont capables de s’infliger de graves blessures, voire de s’entretuer.

 

Alors, vaut mieux s’entendre avec ses voisins !

 

Mon conseil 

 

Ne râlez plus quand les enfants de vos voisins escaladent votre clôture pour récupérer un ballon perdu…

Ce pourrait être pire :

imaginez une bande d’inconnus piétiner votre pelouse !

 

 

 

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