04/09/2009

Stimulants d’amour

Dernière phase explicative des phéromones*, aujourd’hui, je détaille celle du genre : « l’alchimie a pris (ou pas) entre nous…»

 

J’explique.

 

Depuis des millénaires, hommes et femmes rêvent de philtres d’amour, de poudre de perlimpinpin, d’aphrodisiaques et d’attractants sexuels.

Qu’il s’agisse de séduire ou reconquérir l’infidèle ou l’indifférent(e) ; d’augmenter le désir sexuel… en boulottant du chocolat, des huîtres, du ginseng ou de la poudre de rhinocéros ; de perfectionner son sex-appeal en s’enduisant de parfums à base de substances animales, végétales ou synthétiques, ces pratiques remontent au moins à l’Egypte antique, il y a trois mille ans.

 

Nos amies les bêtes produisent naturellement des odeurs appelées « phéromones sexuelles ». Certaines, les « attractants sexuels », se diffusent sur de longues distances.

 

Madame libère ces stimuli chimiques afin de signaler sa présence et d’attirer les mâles.

On connaît tous l’irrésistible attrait exercé par le pipi d’une chienne en chaleur sur les célibataires !

 

Les aphrodisiaques, autre type de phéromones sexuelles sont utilisés pour la « communication rapprochée » : les mâles les libèrent pour s’assurer une bonne drague lors de la parade nuptiale ou pour convaincre les femelles des alentours d’un inoubliable crac-crac.

 

serpent_jarretiere_010.jpgPenchons nous sur le cas du serpent-jarretière à flans rouges du Manitoba.

Il s’agit du reptile le plus septentrional d’Amérique du Nord qui supporte des hivers rigoureux. Pendant les neufs mois les plus froids, le serpent-jarretière se soustrait en s’agrégeant et en restant en sommeil dans des tanières souterraines – dans une même tanière, on peut trouver jusqu’à 10 000 serpents, voire plus.

 

Mais, dès la saison des amours presque tous les mâles sortent de leurs repaires : ils vont rester dans les parages pendant un mois durant lequel les femelles, elles, vont sortir une par une, ou par petites groupes.

Le ratio sexuel n’étant pas favorable aux mâles, ils se livrent entre eux une compétition féroce.

 

Messieurs les serpents-jarretière sortent de leur dormance hivernale avec un sperme actif et n’ont pas de temps à perdre. Trouver une partenaire, c’est la partie facile de l’affaire. En effet, les lipides cutanés de la femelle libèrent une phéromone qui la rend très sexy et déclenche chez les mâles des réactions frénétiques.

 

Résultat ?

 

Une orgie – ce qu’on appelle la « boule d’accouplement » -, à laquelle peuvent prendre part une centaine de mâles, dont chacun se contorsionne et joue des « anneaux», pour se placer.

 

La femelle essaie d’échapper au harcèlement en s’éloignant vite fait de sa tanière avant de se faire piéger. Mais même si elle parvient à fausser compagnie à la horde qui l’attend à l’entrée, elle sera forcément interceptée par un autre groupe ou par un mâle solitaire, qui la trouveront en suivant sa piste chimique. Plus de quatre-vingt-quinze pour cent des femelles s’accouplent dans les vingt-quatre heures qui suivent leur sortie.

 

Lorsqu’un petit veinard arrive à obtenir une copulation, son sperme s’accompagne d’une phéromone mâle qui rend la femelle totalement inintéressante pour les rivaux. Garantie supplémentaire : il ferme son cloaque avec un bouchon gélatineux qui fait office de « ceinture de chasteté ».

Mais, mais, mais, s’il a le choix, le serpent-jarretière mâle ne courtise pas n’importe quelle partenaire : il la préfère « robuste ».

Des chercheurs ont enfermé des mâles avec deux femelles : l’une petite (moins de cinquante centimètres), et l’autre grosse (plus de cinquante centimètres).

 

Conclusion : les mâles préfèrent les grosses… d’autant plus que ces dernières disposent d’une phéromone sexuelle dont la composition chimique est différente de celles des petites, et c’est ce qui guide les mecs-serpents-jarretières.

 

 

Chez les mammifères, les meilleurs « parfumeurs » sont sans aucun doute les chauves-souris.



 
Elle vit dans des colonies pouvant compter une soixantaine d’individus dans de gros trous d’arbres, en Amérique centrale et en Amérique du Sud.

La chauve souris dite « à ligne blanche » est un petit chiroptère (6 cm maximum) d’un noir brunâtre.

 

Les mâles défendent leur territoire et disposent de harems comprenant environ sept femelles.

Les messieurs fabriquent un aphrodisiaque à base d’urine et de sécrétions glandulaires odorantes, qu’ils stockent dans des poches accrochées aux membranes de leurs ailes.

Puis ils vont voltiger devant les femelles de leur territoire en répandant leur « piège à filles ».

Chaque après-midi, le mâle peut passer une heure à nettoyer, humecter et recharger ses deux poches.

Après les avoir consciencieusement léchées, il penche la tête vers ses parties intimes, y prend une ou plusieurs gouttes d’urine et les dépose sur une poche.

Puis il recommence.

Ce transfert d’urine dure à peu près sept minutes, lesquelles sont immédiatement suivies d’une longue plage de repos.

Ensuite pendant 22 minutes, il presse sa gorge contre son pénis et fait passer quelques gouttelettes de sécrétions glandulaires dans les poches.

Il se repose en encore un peu, puis ouvre la gueule et transfère dans les poches quelques gouttelettes de la glande qu’il a dans la gorge.

Après quoi il retourne à la zone génitale et répète l’opération.

Une fois qu’il a confectionné sa mixture, il peut dormir ou faire sa toilette. Il ira diffuser son parfum au harem à la nuit tombante, avant que les femelles aient quitté l’arbre, et, à l’aube, quand elles y reviendront.

Et hop, hop... le tour est joué !

 

 

 

Mon conseil 

 

Messieurs,travaillez vos attractants

en produisant effort et sueur.

Et... souvenez-vous de Kevin Kline…

 

 

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* Au risque de radoter, je rappelle que les phéromones (du grec pherein et horman respectivement « transmettre » et « exciter ») sont des stimuli chimiques.

 

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