« La EERTNER | Page d'accueil | Galipette contre cacahouète »

04/09/2008

C’est arrivé

… un dimanche, il y a quinze jours.

Une tiède après-midi d’été, une enclave caillouteuse de la rivière Ariège, un couple, leur chien, plus loin des jeunes gens volubiles et joueurs. Enfin nous.

Dans la veine agitée du courant, les garçons se suivent, rient  et s’interpellent.

Le comportement de l’un me parait singulier, inquiétant. Son corps semble s’amollir, se dévitaliser. Je suis agitée. L’argument, que me donne Rémi, du jeune qui s’adonne à l’apnée est insatisfaisant. Mon regard ne se départi pas.

3 bulles – comme une bouteille à la mer,  sans bouchon – puis plus rien.

Sauf mon interminable et désespérant cri : « il est où, il est où ? »

Un homme se jette à l’eau. Il nage puissamment, vite. Rémi est désemparé. Les enfants paniquent, appellent, hurlent.

Ce que l’on ressent est un mélange d’incrédulité, de désarroi, d’impuissance, d’effroi et de désespoir.

La respiration est courte, haletante.

Nous sommes tous là et nous rentrons, figés, dans le temps de l’attente. Abominable temps du 18 que je compose, des pompiers qui ont des difficultés à localiser l’endroit, de l’arrivée des parents des enfants angoissés, tourmentés, du survol de l’hélicoptère de la gendarmerie.

Saisissant temps qui s’arrête quand le corps inerte de l’enfant est remonté à la surface. Vision cauchemardesque d’une basket noire et d’un short de bain clair dans les bras d’un plongeur.

 

ee3fb3863ec6b5992315b397734f1533.jpgJe pense aux parents qui, chez eux, attendaient le retour de leur fils parti avec ses copains pour une après-midi de pleine vie.

On se sent tous coupables, Rémi, moi, le nageur.

Coupables de notre propre impuissance.

 

Il s’appelait Mickaël, il avait quinze ans.

 

 

Les commentaires sont fermés.