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14/04/2008

Bérénice ou la tragédie du renoncement

ed89b9a6dcca77b707a9fde3a67990ec.jpgBérénice est réellement une histoire d’amour et réellement une histoire politique.

La relation Titus Bérénice pose problème à Rome…

Un plancher de bois sombre, tout en longueur. Sur les côtés, de hautes portes de bois. C'est précisément entre ces deux portes, entre allers et venues que se joue Bérénice, sous nos yeux de spectateurs-témoins, disposés de part et d'autre de la scène. Dans un rapport d'intense promiscuité, d'intimité presque avec les personnages, on les voit se déchirer. Un théâtre comme champ de bataille du discours et du sentiment.

Bérénice, reine de Palestine, installée à Rome depuis de longues années, attend ses noces avec Titus. Mais celui-ci vient de perdre son père et les lois de l'Empire romain ne l'autorisent pas à épouser une princesse étrangère. Il la renvoie donc « malgré lui, malgré elle » (invitus, invitam) sous le regard d'Antiochus, roi de Comagène, compagnon de route de l'Empereur, et, depuis cinq ans, amoureux transi et silencieux de Bérénice.

Voilà donc un trio d'êtres désespérés. L'une, éconduite par les lois du pouvoir, l'autre déchiré entre son amour et la raison d'Etat, le dernier, confident et messager involontaire. Dans cette tragédie racinienne, plainte à trois voix, une fois n'est pas coutume, il n'y a ni horreur, ni fureur. Pas de violence, pas de sang versé. Que des larmes. dd3690694fa24d3e42691a4153a5e1dc.jpgCelles de l'amour et du renoncement, celles de l'affrontement entre deux impératifs inconciliables : sentiments et politique. Pas de mort donc, et pourtant... Les choix forcés laissent chacun des protagonistes presque morts et condamnés à passer de la confusion à la peine éternelle.

La mise en scène de Jean-Louis Martinelli , est sensible et émouvante. Dans le décor tout de bois, s'est imposé un cercle empli d'eau. Les gouttes qui y cliquètent rythment les changements d'acte. A l'eau du bassin, les personnages viennent se rafraîchir, cependant que l'image de leur être tourmenté s'y reflète

Les comédiens (Patrick Catalifo en Titus, Marie-Sophie Ferdane en Bérénice et Hammou Graïa en Antiochus, notamment) ne sont jamais déclamatoires, mais justes, humains dans la façon qu'ils ont de s'approprier la superbe langue de Racine.

 

Le drame est-il soporifique ?

Ben… en ce qui me concerne : oui et pardon, Monsieur Jean Racine, j’ai piqué du nez à la fin du troisième acte… cinq minutes !

 

 

 " Je n'écoute plus rien, et pour jamais, adieu.

Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même

Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous, Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?

Que le jour recommence et que le jour finisse Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?  

Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !

L'ingrat, de mon départ consolé par avance,

Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?

Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts. "

 

Bérénice (Acte IV, scène 5) ; Jean Racine

 

 

 

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